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Les Naufragés du Fol Espoir au Théâtre du Soleil par Angélique Lagarde

Posté par angelique lagarde le 13 avril 2010

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Les Naufragés du Fol Espoir
Une création collective mi-écrite par Hélène Cixous
Librement inspirée du mystérieux roman posthume Les Naufragés de Jonathan de Jules Verne
Sur une proposition d’Ariane Mnouchkine
Avec les comédiens du Théâtre du Soleil
Musique de Jean-Jacques Lemêtre
Jusqu’au 27 juin au Théâtre du Soleil – Reprise du 15 septembre au 31 décembre 2010

Molière 2010 du Théâtre Public

L’utopie au gouvernail

Comment présenter la dernière épopée d’Ariane Mnouchkine et son Théâtre du Soleil ? Utopie, folie, impérialisme, cupidité, déception, idéalisme, ethnies, partage, droit, contrat social, amour, art, Wagner, guerre, paix, Jaurès, cinématographe, espoir, espoir, espoir, et plutôt trois fois qu’une ! En effet, si l’humanité devait se résumer en un mot, ce ne pourrait être que celui-ci, cet espoir que nous partageons toujours, nous, les rescapés d’une folle époque, Les Naufragés du Fol  Espoir !

La pièce s’ouvre sur l’arrivée d’une jeune femme qui vient chercher comme en quête d’un trésor, de la matière pour enrichir sa thèse sur « ce qu’on a appelé le cinéma d’éducation et de récréation populaire ». Nous faisons alors un saut dans le temps nous projetant à l’étage de la guinguette de Monsieur Félix Courage qui, amoureux du septième art, prête gracieusement le lieu et son personnel au cinéaste socialiste Jean La Palette. Le rythme de la représentation s’annonce soutenu par la précipitation qu’impose le choix de ce contexte historique, le tournage d’un film en 1914, à la veille de l’assassinat de Jaurès.

Des premiers instants à la dernière réplique, la petite et la grande Histoire ne cessent de s’entremêler. L’intrigue débute en Autriche, en 1889, dans le pavillon de chasse de la maison des Habsbourg, le soir du meurtre de Rodolphe et de sa maîtresse, fait historique qui engendra l’intronisation de son cousin germain, François Ferdinand. Dans la réalité, nous sommes en 1914 et l’assassinat de l’empereur susnommé est proche, événement qui, par le jeu des alliances, déclenchera la guerre !

La fiction se poursuit sur l’embarquement des protagonistes sur Le Fol Espoir en 1895, arche de Noé, radeau des espérances qui enferme la pauvreté en fond de cale et qui n’est pas sans rappeler Le Titanic dont le naufrage s’est produit deux ans avant le tournage. Au fil de la narration, seront alors abordés tous les grands thèmes historiques qui ont construit le vingtième siècle : la montée du socialisme, l’impérialisme anglais et les conflits internes en Amérique du Sud qui ont favorisé le colonialisme et l’extinction des ethnies. Toutes les interrogations liées à cette période de révolution morale et technologique seront passées en revue comme les enjeux du capitalisme, la question du pacifisme, l’ébauche d’un contrat social avorté et le droit des femmes. Il est impossible de dresser ici une liste exhaustive des fondements de cette nouvelle ère, mais retenons que le but conjoint d’Ariane Mnouchkine et Hélène Cixous est de donner à voir et à entendre une belle utopie encore à réaliser : « Nous avons une mission, apporter aux aveugles qui errent dans le noir, la lueur obscure de l’espoir ».

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L’envers du décor

Le parti pris audacieux de nous dévoiler le tournage d’un film, donc l’envers du décor, peut se révéler à la fois un atout et un obstacle à la mise en scène : un atout parce que cela crée une complicité immédiate avec le spectateur qui est embarqué dans la construction, mais un obstacle puisque le support est le cinéma muet avec ce qu’il comporte comme contraintes techniques. Le principe de ce type de films est par tradition de montrer une scène puis un résumé des dialogues. Or, ici l’action est surtitrée comme lors d’une représentation en langue étrangère, phrase à phrase, aussi il n’est pas toujours aisé de savoir où porter le regard. Cela pose également la question de la nécessité pour les comédiens, au demeurant tous d’une justesse exemplaire, d’apprendre tout un texte dont on ne pourra que deviner les mots sur leurs lèvres. Si cet aspect de la mise en scène nous laisse perplexes, l’humour offre le souffle nécessaire à la représentation notamment par la récurrence de l’apparition d’une mouette de plastique et l’interpellation du réalisateur à sa sœur, qui intervient comme un gimmick, « Gabrielle, tourne la manivelle ! ».

Si le procédé de mise en abîme était déjà présent dans Le Grand Caravansérail, ce qui est d’autant plus étonnant dans cette nouvelle fresque, c’est de voir sans cesse ces décors de cinéma apparaître et disparaître dans une folle énergie. De surcroît, nous redécouvrons l’indubitable lien entre les codes théâtraux et maritimes qui de la même façon invitent au voyage. Il est éblouissant de constater, une fois encore, le talent des comédiens du Théâtre du Soleil qui, à l’aide d’un drap tendu et de quelques planches de bois, parviennent à transporter notre imaginaire au cœur d’une tempête shakespearienne. Ariane Mnouchkine ne crée pas de l’illusion, elle crée du rêve.

Angélique Lagarde

Théâtre du Soleil
La Cartoucherie
Route du Champ-de-Manœuvre
75012 Vincennes
Métro : Château-de-Vincennes + navette ou bus 112, arrêt Cartoucherie
Réservations au 01 43 74 24 08
Site : www.theatre-du-soleil.fr

 

 

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