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Parfums de plaisir et mort au Théâtre de l’Opprimé par Irène Sadowska Guillon

Posté par angelique lagarde le 24 avril 2010

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Parfums de plaisir et mort d’après les œuvres de Li Ang
Mise en scène de Rui Frati
Par la Troupe du Théâtre de l’Opprimé
Musique originale de Arrigo Barnabé
Créé en 2008. Reprise au Théâtre de l’Opprimé du 16 avril au 1er mai 2010

Les stigmates de la barbarie

Le spectacle de Rui Frati et de la troupe du Théâtre de l’Opprimé à Paris , Parfums de plaisir et mort, doit son existence à la rencontre en 2007 à Taiwan, de Li Ang (née en 1952), écrivain femme de renommée internationale, connue pour ses combats politiques et son engagement pour la cause des femmes. Elle fait état dans l’ensemble de son œuvre romanesque, de la vie et de la condition des femmes taïwanaises en s’attaquant autant aux tabous politiques qu’aux coutumes ancestrales et aux interdits, notamment dans le domaine de la sexualité, qui perdurent sous l’apparente modernité de la société taïwanaise.

Le spectacle, adaptation de plusieurs œuvres de Li Ang, sur fond de 45 ans d’histoire de Taiwan (1945 – 1990), à travers des permanents allers et retours entre le passé et le présent, restitue l’explosion de la modernité dans les ambiguïtés et les singularités politiques, ethniques et culturelles de la société taïwanaise qui a du mal à s’émanciper des lois ancestrales et des contraintes de la tradition. Un homme politique résistant au régime dictatorial,condamné à la peine de mort commuée en des années de prison conserve de cette époque le parfum de la soupe de nouilles au bœuf. Une femme poussée à bout tue son mari, son bourreau. La fille d’un intellectuel humaniste se montre rebelle à toute forme de pouvoir oppressif.

Ces trois histoires s’emboîtent, s’entrelacent et forment une partition qui met en scène les diverses strates de la société depuis la misère matérielle et morale des habitants du faubourg des pécheurs à l’élite intellectuelle opposée au pouvoir en place et aux puissants hommes d’affaires détenant le pouvoir économique. Cette partition a pour fil rouge le personnage d’Ayako enfant et femme adulte, dont le parcours, du cocon du jardin paternel au cynisme du monde des affaires, permet d’évoquer l’époque des années 1950, la « terreur blanche », la famine, les répressions politiques et sociales, les exécutions à vue et des années 1980 avec l’arrivée du Sida et les débuts de la démocratisation de Taiwan.

Rui Frati tisse sur scène, avec intelligence et clarté, les trois histoires dont les courtes séquences s’imbriquent et s’enchaînent avec une belle fluidité. Une grande économie de mots, des situations finement dessinées, quelques signes ou gestes justes, parfois poétiques, suffisent pour suggérer plutôt que de montrer. Le parti pris de distanciation est tenu avec cohérence. Il n’y a pas de démonstration de violence sur le plateau, si bien que sa présence se ressent d’autant plus intensément. Sans incarnation, les sept acteurs jouant plusieurs personnages glissent avec aisance d’une histoire à l’autre. Le tissage du dialogue et du récit qui parfois devient chant renforce l’effet de distanciation. La musique originale très belle de Arrigo Barnabé, interprétée en direct par Toninho do Carmo (guitare) et Brenda Ohana (percussions) intervient tantôt comme partenaire du jeu tantôt en contrepoint.

Ce spectacle qui, sans didactisme, sans afficher des messages, est un plaidoyer poétique et poignant pour la démocratie réelle, le respect des libertés, l’émancipation de la tradition oppressive dont les femmes sont particulièrement victimes.

Irène Sadowska Guillon

Théâtre de l’Opprimé

78 rue du Charolais
75012 Paris
Réservations au 01 43 40 44 44
Site : www.theatredelopprime.fr

Lire l’article sur le festival « Migractions » organisé par le Théâtre de l’Opprimé

 

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