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Philippe Lelièvre – Rencontre en coulisses par Angélique Lagarde

Posté par angelique lagarde le 30 décembre 2010

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Un léporidé drôlement malicieux !

Philippe Lelièvre ne court pas, ne sort pas d’un chapeau à l’instar de ses cousins adeptes de la scène… Sa spécificité est de séduire le public par son humour et son intelligence en lui transmettant une énergie débordante ! A l’affiche à la Cigale jusqu’au 31 décembre dans son désormais célèbre Toujours Givré, il nous reçoit dans sa loge deux heures avant son entrée en scène… Une rencontre tout en spontanéité et générosité…

Kourandart : Merci de nous recevoir à la Cigale, dans votre loge de surcroît ! Ce sont donc les 4 dernières dates après plus de 500 représentations de ce spectacle si on compte Givré et Toujours Givré

Philippe Lelièvre : En fait, ça s’appelle Toujours Givré parce que justement c’est toujours Givré, pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté sur le spectacle (rires). On est à peu près en effet à 500 représentations. 

KA : Qu’est-ce que ça vous fait de quitter doucement le bébé ?

PL : Je l’avais quitté déjà un petit peu… « Ça me fait beaucoup » de le reprendre. En fait, ce que ça me fait surtout c’est que je suis reparti sur l’écriture de la suite. Donc ceci a déclenché cela… Je ne suis pas nécessairement triste surtout là avec beaucoup de caramel dans la bouche (rires), donc je ne suis pas triste d’arrêter, c’est fermer une porte pour en ouvrir une autre. Puis je vais peut-être le jouer encore quelques fois dans le cadre de festivals et j’ai très envie d’aller le jouer en prison. J’ai un contact notamment pour aller jouer dans une prison de femmes. J’aime bien tenter d’exporter l’art dramatique, le spectacle vivant ailleurs que dans les endroits un peu conventionnels.

KA : Avez-vous un très bon souvenir de lieu particulier ?

PL : La création s’est faite en Avignon. C’était la période un peu difficile des revendications des intermittents. Et après il y a eu un long moment au Ciné-Théâtre 13, ce petit théâtre de 120 places, adorable avec ses petits canapés rouge où vraiment j’ai pris beaucoup de plaisir. J’étais installé. D’ailleurs depuis, mon régisseur m’a tout le temps suivi – Thomas, qui est parti repasser mon drap… Nous avons fait ensemble depuis ce moment-là, 480 représentations. Une complicité pareille, c’est vraiment agréable parce que finalement dans un one-man-show, comme son nom l’indique, on est seul. Alors, on n’est pas nécessairement seul quand on est sur Paris parce que des amis viennent vous voir et ensuite on peut aller manger un morceau mais en tournée, c’est assez spécial parfois…

KA : A ce propos, est-ce qu’on peut véritablement parler de Givré comme d’un one-man-show ?

PL : Non, il est vrai. Disons que c’est un seul en scène, une pièce pour un seul homme parce que c’est tout simplement une pièce de théâtre que j’interprète tout seul pour des raisons économiques (rires).

KA : Quel est l’historique de ce spectacle ?

PL : Après avoir joué beaucoup au théâtre, j’ai eu envie de jouer seul. Et puis l’idée est venue alors que je travaillais encore à la radio le matin, sur NRJ, avec justement Arnaud Lemort et Jonathan Lambert. Et à force d’écrire pour la radio le matin, d’être dans l’urgence, c’est venu petit à petit d’écrire deux ou trois idées comme ça… On s’est ensuite vraiment lancé dans un travail de répétition, disons de création improvisée. Arnaud était devant moi et j’improvisais. Le postulat de départ était que ce soit du vaudeville ringard.

KA : Le vaudeville, c’est donc la première partie du spectacle, Pataquès

PL : Oui, voilà, et je trouve que ça lui va plutôt bien ! C’est le point de départ du spectacle et après, ce qui prend le dessus, ce sont les personnages. Et c’est pour cela que la suite va être un peu plus facile puisque maintenant les personnages sont définis. Quand on a la psychologie des personnages – si on travaille sur l’antériorité (Référence à l’un des personnages du spectacle, comédien sorti de l’Actors Studio NDLR) – c’est un peu plus simple.

KA : Nous retrouverons donc les mêmes personnages dans la suite ?

PL : Oui, sans dévoiler, j’ai déjà une idée très précise de ce qui va se passer, en tous cas au départ. Bien entendu, je continue avec le même metteur en scène, Arnaud Lemort.

KA : Pour revenir un peu sur votre parcours, l’improvisation a toujours eu une part importante ?

PL : L’improvisation est venue longtemps après les cours finalement. C’est en 1988, que j’ai découvert l’improvisation. J’ai vu des « matchs d’impro » et je me suis dit que je voulais absolument faire ça. On m’a recommandé de faire des stages, on m’a dit qu’il fallait gravir les échelons, etc… J’étais partant, alors on m’a donc conseillé de prendre des cours avec Michel Lopez qui est un des membres fondateurs de la Ligue d’Improvisation Française. La Ligue existait déjà depuis 5 ans, je crois. Je suis donc allé prendre un cours d’improvisation et à l’issue du cours, il m’a immédiatement demandé si j’en avais déjà fait. Il m’a dit : « Tu es prêt à jouer ! ».

KA : C’était une évidence ?

PL : Oui, et donc j’ai fait encore quelques ateliers et puis très rapidement j’ai joué au Bataclan. A l’origine, les « matchs d’impro » viennent du théâtre expérimental québécois.  Comme les salles se vidaient, Robert Gravel qui est mort maintenant, a créé les règles à partir de celles du hockey sur glace puisque les théâtres se vidaient parce que les patinoires se remplissaient. Il y a eu ces matches où j’ai donc eu vite plein d’étoiles comme meilleur joueur. Il y avait notamment Métayer dans l’équipe à l’époque. Puis après, il y a eu deux championnats du monde dont nous avons été champions et où j’ai été élu meilleur joueur du monde. Comme ça je peux dire à mes enfants que leur père a été champion du monde de quelque chose (rires) !

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KA : Qu’avez-vous trouvé dans l’improvisation qui vous manquait dans une forme théâtrale plus classique ?

PL : J’ai trouvé dans l’improvisation un outil. Ce n’est pas une fin en soi à mon sens, mais ça fait partie du travail de l’acteur au même titre que l’expression corporelle ou la respiration. Ce sont des choses que l’on a totalement oubliées puisque maintenant tout le monde veut être Calife à la place du Calife, être acteur avant d’avoir travaillé. C’est la télé-réalité qui a fait ça, les gens veulent tout de suite être des vedettes…

KA : Quel a été le processus pour vous ? Quelle a été votre formation théâtrale ?

PL : J’ai fait l’Actors Studio, en France, à 17 ans, mais je faisais déjà du théâtre depuis mes 13 ans. J’avais ma troupe, le Théâtre du Maillot. J’ai commencé le théâtre amateur tout jeune, ma première pièce, j’avais 8 ans ! C’était par la société de mes parents. Il y avait un spectacle qui se montait et voilà ! Ça me plaisait déjà… Quand j’étais petit, je voulais être clown !

KA : Il y a-t-il un événement ou une personne qui a suscité cette vocation ?

PL : Oui, on peut dire qu’il y a eu une personne qui a créé ça, Michel Simon. Vous voyez, je ne suis pas tout jeune (rires) ! Puis, j’allais beaucoup au théâtre avec mes parents, surtout au boulevard, et j’ai vu La Cage aux Folles avec Serrault  et Poiret et là ce fut une véritable révélation, comme un gosse, je me suis simplement dit : « j’ai envie de faire ça ! ». J’avais envie de faire rire les gens avec ce genre de textes désopilants. Néanmoins, je n’aime pas sectoriser, j’aime bien le pluralisme, je peux aussi bien jouer Conversation chez les Stein chez Monsieur de Goethe absent de Peter Hacks, comme Pâquerette, une pièce de boulevard de Claude Magnier ou Givré ! Je dis souvent à mes élèves : « Faites ! ». Ensuite, j’ai donc fait la classe libre du cours Florent.

KA : Ce fut une bonne expérience le Cours Florent ?

PL : Ce fut une très bonne expérience puisque c’était il y a un moment et j’étais avec Isabelle Nanty, Maruschka Detmers, Isabelle Gelinas… La belle époque du Cours Florent où tout le monde travaille aujourd’hui et ceux qui ne sont pas devenus acteurs ont eu de grandes carrières comme Philipe Sazerat qui est un créateur lumière extraordinaire qui a travaillé beaucoup dans le subventionné. Et donc tous ces gens étaient vraiment ma famille parce que la classe libre, c’était 8h par jour avec travaux de synthèses, études d’auteurs, montages de pièces, jeu… On pouvait par exemple travailler sur Marivaux pendant quatre mois. Donc, je viens vraiment du théâtre « théâtre » comme on dit.

KA : Ensuite, en sortant…

PL : Ensuite, la drogue, et puis les femmes (rires) ! Ensuite, ce sont des rencontres, des écritures… Avec une première pièce qui s’appelait Hors Limite, enfin il y en avait déjà eu avant, mais là c’était une pièce collégiale si je puis dire. Ensuite, il y a eu un peu de télévision, un peu de cinéma, je dirais même pas mal de cinéma à une époque, puis ça s’est arrêté parce que je n’avais pas envie de continuer à faire des flics… J’avais envie de faire de belles choses et je les trouvais plus au théâtre.

KA : Vous étiez déçu par les rôles qu’on vous proposait ?

PL : Disons que le cinéma est intéressant, mais… En fait, ce sont vraiment deux métiers très différents. Au cinéma, on gagne de l’argent, et d’ailleurs c’est pour ça que les acteurs ont du mal à retourner au théâtre ; quand on gagne un saladier, on a du mal à revenir tous les soirs toucher des cachets un peu plus « normaux ». Mais je trouve que le spectacle vivant, c’est fascinant. J’ai joué d’une certaine manière hier, j’ai de nouveau peur ce soir parce que ça va être différent alors qu’une fois que le film est sur la péloche, c’est fait !

KA : Vous avez le trac ?

PL :  Oui, beaucoup, ça va commencer là… Je joue vers 21h15, dans un peu plus d’une heure et par exemple, je supporte déjà difficilement l’odeur du tabac dans les coulisses et à ce moment-là, cela devient absolument insupportable entre autres parce que j’ai besoin de faire des exercices de respiration. Puis, plus qu’un rituel, je fais des assouplissements, c’est un vrai travail pour délier, la langue, la bouche, le corps. C’est une discipline nécessaire, on ne peut pas faire ce type de spectacle en arrivant cinq minutes avant, je n’essaierai pas.

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KA : Evoquons un peu votre rapport aux médias, on reviendra sur la Star Academy, mais on vous a entendu longtemps à la radio précédemment…

PL : Ça m’a beaucoup plus de le faire, mais j’avoue que lorsqu’on fait la matinale, il faut se lever à 4h45 et l’on n’a plus de vie sociale. J’essayais d’aller au théâtre, je m’endormais sur mon siège…C’est très difficile. Et puis, c’est bien aussi de faire des choses et de passer à d’autres ensuite. Moi, je ne suis pas fait pour faire de la radio, avant tout, je suis un acteur. Avant même d’être un auteur, je suis un acteur, ce que j’aime c’est être sur scène, c’est l’endroit où je pourrais être toute la journée. J’aime être dans un théâtre. Je suis content de faire du cinéma si on me le propose mais je me sens profondément un acteur de théâtre. Le cinéma c’est une autre discipline. Tout le monde peut faire du cinéma, tout le monde ne peut pas faire du théâtre. Ma concierge, je peux lui faire faire 140 prises devant une caméra, la dernière sera peut-être parfaite, mais au théâtre, ce n’est pas possible. Ça ne minimise pas un instant le travail d’excellents acteurs de cinéma, mais malheureusement il n’y a pas que des bons…

KA : Justement, revenons à votre emploi de professeur à la Star Academy… Pourquoi avez-vous accepté et que pensiez-vous leur apporter par l’improvisation ?

PL : Vous avez combien de temps devant vous ? (Rires) D’abord il faut que je vous raconte, « l’histoire » de la Star Ac. Quand on m’a appelé, je pensais que c’était une plaisanterie, j’ai cru que c’était Jonathan Lambert. Donc j’ai ri et j’ai raccroché, puis on m’a rappelé pour me dire que c’était sérieux… J’ai commencé à me poser véritablement la question, à la poser à des amis qui m’ont tous dit : « Puisque tu enseignes depuis 15 ans, pourquoi est-ce que tu ne le ferais pas à la Star Ac ? ». J’étais un peu frileux et puis finalement, pourquoi ne pas le faire ? Ensuite, évidemment il y a des gens qui me sont tombés dessus à bras raccourcis en me demandant comment je pouvais faire ça avec le parcours que j’avais. J’avais le sentiment qu’ils me plaçaient très haut dans leur esprit puisque tout à coup, je ne pouvais pas aller avec les « manants ».  Je leur ai donc expliqué que justement s’ils me voyaient ainsi pourquoi est-ce que je n’irais pas enseigner à des jeunes ? Et en plus, j’y ai pris du plaisir parce que finalement je faisais au grand jour ce que je faisais dans une cave depuis de longtemps. Enseigner, transmettre, c’est aussi quelque chose que j’adore.

KA : Le résultat a-t-il été probant selon vous ?

PL : Je ne suis pas sûr… En revanche, il y en a deux, trois à qui j’ai, à mon sens, donné envie de faire ça… Plutôt que de mal chanter, autant tenter de bien jouer ! J’ai pris pas mal de plaisir et puis j’ai pris du pognon ! Cet argent m’a permis de produire, de travailler avec Ben par exemple, Cédric Benabdallah, que j’ai mis en scène. J’adore ce garçon. J’ai été travailler avec lui un mois et demi. J’ai pu co-produire d’autres artistes… Je n’ai pas pris cet argent pour aller m’acheter une Bentley. Ça a fait toute une polémique parce que j’avais accepté de dire combien je gagnais et je l’ai regretté parce que beaucoup n’ont pas compris. Les salaires sont indécents à la télévision, certes, mais une fois qu’on a enlevé la moitié pour les impôts, si l’on considère qu’un comédien peut ne pas travailler pendant deux mois et qu’on divise par douze, on arrive à quelque chose comme 3 000 euros par mois, c’est très bien, mais ce n’est pas démentiel non plus.

KA : Vous investissez donc dans la co-production, avez-vous d’autres petits protégés hormis Ben ?

PL : Il est vrai que j’adore ce type, il a une plume formidable  et c’est quelqu’un d’éminemment sympathique et intelligent. Ce n’est pas que j’aime spécialement les gens intelligents, je ne suis moi-même pas le plus intelligent du monde, mais j’ai la culture du cœur et j’apprécie les gens pour ce qu’ils sont. Et parfois, il m’arrive même de plus apprécier quelqu’un pour ce qu’il est que pour ce qu’il fait sur scène. J’aurais du mal à être ami avec quelqu’un qui est une ordure et qui est un génie sur scène. Il y a aussi Baptiste Le Caplain que j’aime bien, il a quelque chose de vrai ce garçon. Il y a beaucoup de faiseurs dans ce métier, alors quand je rencontre des individus sincères, si je peux donner un petit coup de pouce… Je pense aussi à la petite Amelle Chahbi qui a été une de mes élèves, que j’ai beaucoup poussée parce qu’elle était extrêmement timide et qui a réussi à arriver sur la scène du Trévise. Puis, je conseille toujours à mes élèves de former des groupes, de créer leur « famille » parce que le téléphone qui sonne pour te proposer un film, ça n’existe pas !

KA : Et votre « famille » du Cours Florent, vous l’avez toujours ?

PL : Elle existe, et quand on se croise, on est content de se voir, mais on ne se voit plus aussi régulièrement.

KA : Parlons un peu de votre avenir proche, où retrouverons-nous Philippe Lelièvre en 2011 ?

PL : Je suis en train d’écrire les dialogues de Dracula, la comédie musicale de Kamel Ouali. Le grand écart, toujours…Nous avons écrit avec mon producteur, ami et associé Sören Presvot (Fils de Daniel NDLR), deux longs métrages dont un qui est en train de se monter tout doucement et une pièce de théâtre que je devrais mettre en scène, mais dans laquelle je ne jouerai pas. La suite de Givré évidemment sera au rendez-vous, même si je n’aime pas trop le titre, Givré est venu bien trop tôt parce qu’on n’avait pas de titre, je voulais que ça s’appelle Une coccinelle dans le front mais ce n’était pas très commercial (rires). Et je vais peut-être tourner pour France 2, mais je ne sais pas encore quand… Et je dois oublier des choses.

KA : Vous continuez à enseigner ?

PL : Oui, je continue à donner des cours à l’Ecole Internationale de Théâtre.

KA : Nous allons vous laisser vous préparez mais une dernière question s’impose, que peut-on vous souhaiter pour l’année 2011 ?

PL : D’être moins con ! J’ai envie de beaucoup d’amour. Je ne suis pas du tout religieux, je parle de l’amour au sens de la communion des gens. Il faut donner ce qu’on reçoit, c’est un échange perpétuel.

KA : C’est ce qui a eu lieu hier soir sur cette scène de la Cigale et nous vous souhaitons de revivre la même chose ce soir et demain !

PL : Merci… maintenant je vais faire mes ablutions !

Propos recueillis par Angélique Lagarde

Les recettes de la représentation du 31 décembre seront intégralement reversées à l’association Mécénat Chirurgie Cardiaque qui vient en aide au transport et à l’hébergement en famille d’accueil d’enfants africains nécessitant une transplantation.

 

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