• Accueil
  • > Concerts
  • > Madame Raymonde alias Denis D’Arcangelo, rencontre en coulisses par Angélique Lagarde et Lorraine Alexandre

Madame Raymonde alias Denis D’Arcangelo, rencontre en coulisses par Angélique Lagarde et Lorraine Alexandre

Posté par angelique lagarde le 1 mars 2011

Hebergeur d'image

Madame Raymonde © Philippe Matsas

Madame Raymonde, la plus populaire des chanteuses réalistes !

Madame Raymonde est enfin de retour sur la scène parisienne dans Mes plus grands succès au Vingtième Théâtre où Denis D’Arcangelo interpréte également la gouvernante Preciosa dans La Nuit Elliot Fall de Vincent Daenen dans la mise en scène de Jean-Luc Revol. Le comédien a accepté de nous recevoir quelques instants dans le foyer du théâtre avant d’enfiler la robe du personnage d’Arletty dans Hôtel du Nord et de faire son entrée en scène avec le zèbre, son talentueux complice accordéoniste…

 

Kourandart : Denis D’Arcangelo, merci beaucoup de nous recevoir au Vingtième Théâtre pour cette double actualité puisque vous êtes Madame Raymonde et vous enchaînez avec La nuit d’Elliot Fall, comédie musicale dans laquelle vous interprétez Préciosa ! Première question, comment allez-vous, pas trop sur les rotules ?

Denis D’Arcangelo : Très sincèrement, j’ai beaucoup de plaisir à faire l’un comme l’autre, mais c’est fatiguant, je ne renouvellerai pas l’expérience parce que pour défendre correctement un personnage, j’ai besoin de m’y consacrer à cent pour cent. Et là ma tête est un peu partagée entre les deux personnages, je pense à l’un en interprétant l’autre. Dans Madame Raymonde, j’ai une grande part d’improvisation. Les chansons, bien sûr, sont écrites, mais le reste du temps, il faut être vif, être là pour pouvoir improviser, saisir l’instant qui se présente, capter une réaction du public et rebondir immédiatement. Tandis que sur La Nuit d’Elliot Fall, il faut suivre le texte, l’habiter entièrement, ne pas faire les choses à moitié, ce n’est pas la même concentration.

KA : Pouvez-vous nous présenter Madame Raymonde ?

DDA : Oui, Madame Raymonde est née, d’abord il y a un certain temps (rire), en 1988, époque lointaine pendant laquelle je faisais essentiellement de la chanson de rue avec mon ami Philippe Bilheur. Nous avions notre propre compagnie de théâtre de rue, la Compagnie du Tapis Franc. Nous étions, l’un et l’autre, grands fans du cinéma, de la musique et du théâtre de l’entre-deux guerres, en particulier des films de Carné et d’une actrice emblématique, Arletty. Le jour de ses quatre-vingt-dix ans, le 15 mai 1988, nous avons pris l’initiative d’aller chanter sous ses fenêtres pour lui souhaiter un joyeux anniversaire. Elle s’est montrée au balcon, nous a fait signe de monter, nous avons bu le café avec elle. Nous avons ainsi réalisé un rêve, d’autant plus que pendant les quatre ans qui ont suivi, jusqu’à ce qu’elle nous quitte, nous l’avons fréquentée régulièrement.

KA : Vous vous êtes liés d’amitié avec Arletty ?

DDA : Oui, nous avons eu cette chance. Et donc, cette même année, dans la rue, par hasard, dans une brocante de vêtements anciens, nous avons trouvé une robe proche de celle que portait Arletty dans Hôtel du Nord, film dans lequel elle joue Madame Raymonde. Alors, avec Philippe, nous avons acheté la robe, je l’ai passée et nous avons fait des essais le soir même avec un orgue de barbarie sur deux, trois chansons d’Arletty, La Belote, les Deux sous de Violette… Nous nous sommes beaucoup amusés. Nous avons apporté les enregistrements à Arletty pour lui faire écouter. Cela l’a beaucoup amusée. Elle nous a dit qu’elle trouvait ce personnage intéressant et que nous devrions trouver un répertoire original. Elle nous a parlé d’une chanteuse merveilleuse, très drôle qu’elle a connue à ses début et dont plus personne ne parlait, c’était Gaby Montbreuse !

KA : C’est donc ainsi que Gaby Montbreuse a décroché cette place de choix dans votre répertoire !

DDA : Exactement ! Et ce qui était fantastique c’est que nous avions alors une sorte de parrainage, de caution. Ensuite, Philippe, en tant qu’auteur et metteur en scène, était séduit à l’idée de me transformer en une copie de la Madame Raymonde de Carné. Il a donc écrit une pièce, puis deux, puis trois… de théâtre de rue dans lesquelles Madame Raymonde tenait le rôle principal, La saga de Madame Raymonde. Nous avons commencé par Zone libre qui se passait pendant l’occupation, puis un épisode pendant les congés payés de 36 et enfin, dans les années cinquante où elle était prise en otage par des gangsters. C’était de vraies pièces de rue accompagnées à l’accordéon ou à l’orgue de barbarie avec des voitures anciennes, des fusillades… Ces trois spectacles ont beaucoup tourné, jusqu’en 2000 environ. Et, à ce moment-là, j’ai eu envie d’utiliser le personnage pour autre chose, pour un tour de chant, c’est-à-dire pour incarner une autre facette de ma personnalité. J’avais envie de faire du tour de chant et je pense que je n’aurais jamais osé le faire sous le nom de Denis D’Arcangelo. En revanche, ce personnage de Madame Raymonde possédait déjà une dimension théâtrale. Au fil des années, il était devenu mon clown, une sorte de faux double, de bouche experte pouvant dire les choses mieux que moi et de façon plus drôle et plus intéressante. J’ai donc fait mon tour de chant rêvé grâce à ce personnage à partir de 2001.

KA : Comment s’est faite la rencontre avec cet univers. Avant même de rencontrer Arletty. Comment avez-vous été attiré par le cabaret et la chanson réaliste ?

DDA : Je ne le sais pas vraiment. Cela ne remonte pas à mon enfance parce que mes parents écoutaient plutôt de la musique classique ; j’ai moi-même une formation classique. Je dirais que c’est une double rencontre, d’abord celle d’un lieu mythique, le Piano-Zinc où j’ai commencé à travailler comme barman, rencontré plein de gens et où j’ai fait le choix de mon métier actuel. Dans ce lieu, tout le monde pouvait venir pousser la chansonnette, même les clients. J’ai alors découvert un univers infini et ça m’a beaucoup intéressé de découvrir la chanson. Puis, c’est là que la rencontre avec Philippe Bilheur s’est faite. Lui était absolument une sommité dans ce domaine et j’ai continué ma formation. Il me faisait écouter beaucoup de choses et ma passion est née ainsi grâce à lui, il me l’a transmise.

Hebergeur d'image

Madame Raymonde © Philippe Matsas

KA : Revenons à votre formation. Vous parliez de musique classique, quel est votre parcours ? Et avez-vous appris à jouer la comédie ou le cabaret a-t-il été l’épreuve de la scène directement ?

DDA : Enfant, j’ai appris le violon au conservatoire local. J’ai complètement abandonné l’ambition d’aller loin dans cette carrière musicale, mais je le ressors volontiers à l’occasion, notamment lorsque Preciosa en joue dans La nuit d’Elliot Fall. Pour le jeu, ce fut la double école du cabaret et de la rue. Dans la rue tout peut arriver, les gens passent, il faut pouvoir les attraper ce qui demande une certaine confiance. Dès petit, j’aimais le théâtre, j’allais aux cours d’art dramatique, mais sans penser en faire mon métier un jour. J’ai toujours aimé jouer.

KA : Dans les spectacles de Madame Raymonde, vous reprenez le principe du cabaret qui induit une proximité avec les gens, la possibilité de descendre dans le public. C’est à la fois une mise en danger et une proximité, vous jouez de cet équilibre-là… Et cette proximité se retrouve dans les textes très concrets des chanteuses réalistes…

DDA : Je ne descends pas toujours. Mais c’est ce que je trouve amusant, c’est le côté rassurant du personnage. Le spectateur doit pouvoir se dire, « ah on a les mêmes problèmes, les mêmes délires, cette Madame Raymonde dit ce que l’on voudrait dire, mais en mieux ». J’ai envie de fraternité avec le public, qu’on soit dans une solidarité. Ces chanteuses me plaisent parce qu’elles ont osé des choses complètement hallucinantes. Dans la chanson réaliste, il y a le premier degré, mais aussi le douzième. Et ce qui est intéressant, ce n’est pas seulement le regard que nous portons aujourd’hui sur ces chansons, mais le fait que ce décalage existait déjà, à l’époque. Les années trente ont généré, par exemple, tout le répertoire de Berthe Sylva, très premier degré, mais aussi Le gardien de phare de Marie Dubas, par exemple, de la chanson réaliste au douzième degré. On pouvait diire une chose et en rire en même temps. Et je les aime beaucoup aussi  parce qu’elles sont oubliées et ça me paraît un défi intéressant de rappeler aux gens qui étaient Gaby Montbreuse, Lily Fayol, Emma Liebel, ou encore Marie Dubas, même si elle est plus connue que les autres… C’est notre patrimoine et je chante pour elles, car j’ai vraiment peur, en tant que chanteuse réaliste (rire), d’être oubliée un jour, j’espère bien que des petits jeunes feront vivre ma mémoire !

KA : Quelle définition donneriez-vous de la chanson réaliste ?

DDA : Pour moi, ce sont de petites pièces de théâtre en trois actes, chaque acte est un couplet. Ce sont des tranches de vie qui riment souvent avec misérabilisme. Il existe peu de chansons réalistes heureuses du type, «  elle a fait un mariage heureux et a eu douze enfants, elle a eu une retraite dorée et est morte entourée des siens » (rire). Ces chansons amènent implicitement de la misère et ce qu’elles ont d’amusant, c’est leur surenchère. Plus on en écrivait et plus on imaginait des horreurs sans nom. Et même quand elles sont chantées au premier degré, on se demande si les auteurs ne font pas du second degré. Les pauvres petites, éventrées par des charrues… (rire) En tant qu’amateur de chanson française en général, je suis toujours très à l’affût. Je vais bientôt écouter en boucle le dernier album de Juliette que je n’ai pas encore acheté, même si j’ai déjà entendu deux ou trois chansons. Nous collaborons de temps en temps, nous nous faisons des cartes blanches réciproques, nous nous invitons.

KA : Revenons sur les deux rôles que vous jouez en ce moment, Madame Raymonde et Preciosa… Vous propose-t-on quasi exclusivement des rôles de travestis ? Auriez-vous envie de jouer autre chose qu’une femme ?

DDA : Beaucoup de réponses à beaucoup de questions ! (rire) Tout d’abord, je me permets de vous reprendre sur un terme, je ne joue pas des rôles de travestis, mais des rôles de femmes, ce qui n’est pas pareil. J’ai joué des rôles de travesti dans deux pièces épatantes de Michel Tremblay, un auteur québécois remarquable. Dans l’une, j’étais la Duchesse de Langeais et dans l’autre Hosanna. Hors ici, pour Madame Raymonde et La nuit d’Elliot Fall, j’incarne des femmes, c’est un détail, mais il a son importance. Par ailleurs, j’ai en effet joué d’autres types de rôles et je continue, mais il est vrai que je suis peut-être un peu « condamné » à me spécialiser car je fais des rôles de femmes depuis très longtemps. Disons que sept propositions sur dix sont pour des personnages féminins, mais ce n’est pas un critère prépondérant dans le choix des projets. Ce qui était intéressant dans Le cabaret des hommes perdus, déjà avec Jean-Luc Revol j’étais le destin, une figure plutôt masculine mais j’avais aussi des partitions de femmes. Mais, j’ai joué aussi des classiques comme le rôle d’Acaste dans Le Misanthrope ou encore Maître Blazius dans On ne badine pas avec l’amour. Cela m’amuse de pouvoir faire les deux et vraiment, avec l’expérience, j’en suis arrivé à ne plus faire la différence sur la façon d’aborder le personnage. C’est le travail du comédien. Jouer, c’est toujours mentir un peu, on peut être homo et jouer un hétéro et inversement, une personne d’un âge très différent du nôtre, l’ivresse ou le rire…

KA : Vous avez eu de jolis rôles au cinéma, dans Les Nuits Fauves notamment…

DDA : Oui, c’était le premier. Je n’ai pas fait beaucoup de longs-métrages, il y a eu également Oranges et Pamplemousses de Martial Fougeron, mais j’ai surtout fait de nombreux courts. Sinon, j’ai joué dans Nos vies heureuses de Jacques Maillot, ou plus récemment Bambou de Didier Bourdon, mais ce sont plus des apparitions, pas de grands rôles. Pour l’instant, je fais beaucoup de scène et très peu de cinéma. Je le regrette parfois, le cinéma m’amuse aussi et apporte un autre intérêt.

KA : En parlant d’amusement, nous avons ouï dire que vous aimiez les parcs d’attractions ! En y pensant, ce goût vous correspond bien, à vous et à l’époque de Madame Raymonde avec ses affiches de foires, cette imagerie particulière…

DDA : Je vois très bien ce à quoi vous faites référence, c’est une image plutôt foraine. Mais, en revanche, moi Denis, la fête foraine ne m’amuse pas du tout, il y a quelque chose d’un peu glauque Ce que j’aime vraiment ce sont les parcs d’attractions qui vous proposent de passer une porte au-delà de laquelle, il existe un monde parfait, factice certes, ce qu’on vous demande d’oublier une fois dedans et de vous souvenir en sortant. Ce monde est d’un réalisme total. Et là oui, je crois aux fées, aux princesses, aux princes, à la magie, je suis un pirate explorateur…(rire) Dans les fêtes foraines, les manèges ne sont que des manèges, on veut juste vous envoyer en l’air, alors que dans les parcs d’attractions, on vous envoie sur la lune dans le boulet de canon de Jules Verne!

KA : Vous jouez ce jeu-là dans La nuit d’Elliot Fall finalement, vous nous propulsez dans un conte de fée. D’ailleurs, racontez-nous qui est Preciosa, votre personnage…

DDA : Préciosa est la gouvernante du château au service de Mme Von Leska, extravagante milliardaire. Elle est mandatée par sa patronne pour aller chercher en ville l’homme qui sera le héros de cette histoire pour qu’il donne un baiser salvateur à la fille Von Leska, Mimi, qui se meurt d’une étrange maladie puisque des fleurs poussent sur son corps jusqu’à l’étouffement. Mais, il s’avère que Préciosa est aussi une fée aux pouvoirs un peu faiblissants…(rire) C’est à la fois, une approche très boulevardière, une bonne à la Feydeau et quelque chose de plus onirique. L’écriture est très astucieuse, Vincent Daenen a fait un joli petit bijou et Jean-luc Revol a une mise en scène très intelligente aussi, leur rencontre crée un univers vraiment étincelant. Ce spectacle est d’une grande poésie. La forme est assez savoureuse puisque c’est aussi une comédie musicale avec des gens qui chantent, dansent, font des claquettes, jouent de la musique tout en gardant la structure classique. Les codes sont respectés et c’est un régal à jouer d’autant plus que toute la troupe a plaisir à jouer ensemble.

KA : Que pouvons-nous vous souhaiter, à vous et à Madame Raymonde ?

DDA : A Madame Raymonde je ne sais pas, souhaitez-lui la santé, elle en a bien besoin. Pour moi, vous pouvez me souhaiter de la garder le plus longtemps possible dans mes cartons, comme cela, quand je serai très vieille et que je n’aurai plus de travail, il me restera au moins ça (rire).

Propos recueillis par Angélique Lagarde et Lorraine Alexandre

Vingtième Théâtre
7, rue des Plâtrières
75020 Paris
Métro Ménilmontant ou Gambetta
Réservations : 01 43 66 01 13
Site : www.vingtiemetheatre.com

Madame Raymonde sera à La salle Gaveau le 9 juin 2011 pour la célébration de son nouveau DVD avec des invités surprises !

 

ndiheferdinand |
sassouna.unblog.fr/ |
pferd |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Konoron'kwah
| Montségur 09
| INTERVIEWS DE STARS