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David Girondin Moab – Directeur artistique du festival Orbis Pictus au Palais du Tau à Reims – Rencontre en coulisses

Posté par angelique lagarde le 21 mai 2011

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Rencontre avec David Girondin Moab
Festival Orbis Pictus
Les 20, 21 et 22 mai au Palais du Tau à Reims

L’illusion du vivant

David Girondin Moab, directeur artistique du festival Orbis Pictus et directeur de la compagnie Pseudonymo accepte de nous accorder quelques instants lors de la soirée d’inauguration pour nous dévoiler les ficelles de ce fabuleux festival dédiés aux arts de la marionnette qu’il a cofondé l’an passé avec Angélique Friand. Pour une aussi riche programmation, un palais était de rigueur est c’est celui de Tau, attenant à la superbe cathédrale de Reims qui leur a ouvert ses portes.

Kourandart : C’est la seconde édition du festival, quelles sont les différences par rapport à l’an dernier ?

DGM :
Il y a un petit peu plus de formes et puis surtout il y a des formes qui nous viennent de l’étranger, d’Israël et du Brésil. C’est la principale différence cet aspect international et il y a peut-être aussi un peu plus de formes définies comme de la performance. Il y a évidemment aussi des formes construites, des formes traditionnelles, mais on laisse la place à quelques créations performatives.

Kourandart : Ce sont des compagnies que vous avez repérées dans le cadre de festivals ?

DGM : Oui, je pense notamment au spectacle de l’Israélienne Yaël Razouli notamment, How Lovely que nous avions remarqué au festival mondial de la marionnette de Charleville-Mézières. Il avait été vu par Angélique Friand avec qui j’ai conçu le festival.

Kourandart : La marionnette évolue vers le jeu théâtral, la performance esthétique, le castelet persiste encore parfois, mais il est déplacé…

DGM : Disons qu’on s’écarte de plus en plus du schéma traditionnel, effectivement., c’est un objet qui est à la fois du côté des marionnettistes, de plus en plus confronté au jeu, à la danse et aux expériences plastiques ne serait-ce qu’au niveau de la construction, mais aussi à la fois, un objet qui met en appétit les compagnies de danse et de théâtre. Je crois que s’il y a toutes ces rencontres, c’est aussi parce qu’il y a d’autres questionnements dramaturgiques qui sont liés à la marionnette.

Kourandart : On constate en effet que les formations à la marionnette incluent la danse, et le jeu. Le marionnettiste devient interprète et non plus seulement manipulateur…

DGM : Il est vrai mais cela dépend aussi des systèmes pédagogiques. Il y a en effet une école qui consiste à former les marionnettistes à êtres des interprètes, pas forcément des démiurges mais on voit en tous les cas, cette nécessité de former le corps marionnettique à la danse, aux arts plastiques et au jeu.

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Sous la neige qui tombe © Christophe Loiseau

Kourandart : Sur la programmation du festival Orbis Pictus, vous avez collaboré avec l’Ecole Supérieure Nationale des Arts de la Marionnette de Charleville-Mézières…

DGM : Oui, nous avons établi un partenariat avec l’ESNAM pour accueillir trois jeunes diplômés. Chloé Ratte nous propose une forme courte, A Poils une fantaisie narrée à l’aide d’animaux en peluche. Simon Moers a choisi la manipulation de matières pour construire un haïku marionnettique à base de sable et de poésie, Sous la neige qui tombe inspiré d’un conte traditionnel chinois. Et la compagnie Le clou et l’aiguille fondée par Erika Feria de Oliveira et Romain Landat ouvre le festival avec de la marionnette à gaine pour illustrer les aventures sordides du drôle de couple Punch and Judy.

Kourandart : Et dans la mesure où la marionnette investit de plus en plus la rue, qu’en est-il du décor ?

DGM : L’objectif du festival, c’est justement de jouer avec ce lieu fantastique qu’est le Palais de Tau, sa cour intérieure arborée attenante à la cathédrale de Reims, ses salles, sa crypte, sa chapelle… Nous tâchons de retrouver ce mariage qui a pu exister à une époque dans la tradition marionnettique de jouer là où on pouvait.

Kourandart : Peut-on parler de création in situ ?

DGM :
Non, la plupart des formes ont déjà été créées et expérimentées, mais nous les avons choisies justement parce qu’elles ont cette capacité de résistance à l’extérieur et d’adaptation au milieu. Elles ont été créées en pensant à ces mariages possibles. Je pense notamment à la création performance de la compagnie de l‘Entrouvert, Traversées – Fragment, un spectacle déambulatoire avec Elise Vigneron au jeu, à la manipulation et Emilie Lesbros qui improvise une musique à l’aide de sa guitare, d’un archet et de son superbe timbre de voix si particulier.

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Traversées – Fragment – compagnie de l‘Entrouvert

Kourandart : L’aspect un peu sombre de certains passages, de la crypte, ajoute à la poésie, à l’aspect mystérieux voire fantasmagorique de certaines propositions…

DGM : Oui, cela apparaît notamment dans la salle basse où le spectacle qui s’y joue bénéficie de cette atmosphère mystérieuse. La compagnie brésilienne Pigmalião Escultura que Mexe plonge ainsi le spectateur adulte (à partir de 18 ans) dans les méandres de la pensée sadienne avec A filosofia na alcova, une adaptation de La philosophie dans le boudoir dans une remarquable manipulation de marionnettes à fil. Ce qui est passionnant dans ce lieu c’est en effet que chaque salle reflète une histoire et une atmosphère différentes et c’est aussi la magie de ce lieu qui nous a donné envie de faire ce festival.

Kourandart : Nouveauté cette année, vous ouvrez la porte d’un atelier de création de marionnettes…

DGM : Effectivement, nous, la compagnie Pseudonymo, avons mis en place une petite fabrique marionnettique dans l’ancienne billetterie, une alcôve au détour d’un escalier en colimaçon du Palais du Tau pour vous montrer comment la matière prend forme et vie dans les mains du marionnettiste constructeur. Et souvent, on ne sait pas que le manipulateur est aussi concepteur de son objet. C’est un peu labyrinthique, mais des guides sont là pour vous escorter.

Kourandart : Ce qui est intéressant à la fois dans votre travail au sein de la compagnie Pseudonymo et dans celui d’Angélique Friand au sein de sa compagnie Succursale 101, c’est que vous explorez différentes formes marionnettiques. Vous êtes aujourd’hui, David Girondin Moab, une référence pour ce qui est de la marionnette réaliste mais vous ne l’utilisez pas tout le temps et manipulez d’autres types d’objets dans vos travaux, y compris la vidéo…

DGM : Il y a en effet quelques formes récurrentes dans les spectacles parce que ce sont celles qui me semblent les plus justes par rapport à certaines dramaturgies. Il y a cependant peut-être cette difficulté de lisibilité, d’identité à apposer à la compagnie, peut-être parce qu’en fonction de la durée de la forme, longue ou brève, on ne va pas aborder la marionnette de la même manière. En général, en effet sur les formes longues, je vais beaucoup utiliser les masques et la marionnette réaliste, parfois même de petite taille, mais toujours de la marionnette portée, puis des ombres et oui, de la projection vidéo. Mais ça, c’est encore un autre débat de savoir si l’on accepte que la projection vidéo fasse partie de la marionnette (rires). C’est extrêmement intéressant puisque ça ouvre la question de savoir si c’est l’objet ou est-ce que c’est la recréation et l’illusion du vivant qui fait marionnette et c’est sur cette fourche que peuvent se créer deux clans un peu divergents.

Kourandart : Et vous êtes de quel clan ?

DGM : Je me range plutôt dans le clan de la dramaturgie. C’est la nécessité dramaturgique qui fait loi. Autrement dit, tout ce qui va pouvoir permettre de créer un spectacle je vais l’utiliser et par conséquent, j’appelle tout marionnette. Dès qu’il y a illusion du vivant, pour moi, il y a marionnette. Mais effectivement cela pourrait aussi s’appeler du théâtre et je pense que sur beaucoup de spectacles si j’avais plutôt communiqué en parlant de théâtre, cela aurait été beaucoup plus simple pour moi je pense (rires) !

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Une baignoire révolutionnaire © Catherine Huhot

Kourandart : C’est un théâtre sans interprète en chair et en os, encore que parfois viennent s’y glisser des comédiens…

DGM : Oui, et puis il y a aussi des compagnies avec lesquelles nous pensons avoir des affinités alors qu’elles ne se revendiquent pas spécialement de la marionnette, je pense notamment au travail de Joris Mathieu qui crée des personnages totalement marionnettiques. Je pense aussi à la compagnie Ka de Catherine Hugot qui est un peu dans cette même lignée et offre dans le cadre d’Orbis Pictus une proposition par deux comédiens des masques et marionnettes d’après La baignoire révolutionnaire, réflexion politique et humoristique de Matéi Visniec. Et je pense que si elle se présentait comme une compagnie de théâtre, ce serait beaucoup plus facile en termes de diffusion et de communication…

Kourandart : Ce soir David, c’est une performance que vous nous présentez…

DGM : Oui, c’est une performance que nous avons créée à la Fondation Cartier avec Edith Scob au jeu et Hélène Bréschand à la harpe. Poisons, c’est du théâtre d’ombres, mais sans silhouette, de l’ombromanie abstraite on pourrait dire. On est parti du livre d’Antonio Gamoneda, Le livre des poisons. C’est intéressant parce que je perçois l’ombre comme le début du théâtre… On dansait autour du feu et cela créait les premières apparitions étranges, les premières marionnettes. La Fondation nous a donc proposé à Edith Scot et moi de créer cette performance d’ombre avec les mains. Nous avons choisi le texte et invité Hélène Breschand. L’ouvrage nous a semblé pertinent pour cet exercice parce qu’il n’y avait pas de narration, c’est un recueil de textes très anciens de recettes de poison. C’est très curieux parce que cet art, comme la médecine est empirique pour beaucoup et l’on se rend compte qu’à une certaine époque, ils ont imaginé énormément de choses. C’est passionnant de découvrir que la coriandre, par exemple, était considérée comme une herbe empoisonnée.

Kourandart : Demain, le public pourra assister à une autre performance…

DGM : Oui, celle de la compagnie Asa djinnia. Ce sera une performance musicale avec Uriel Barthélémi à la batterie et Laptop accompagné d’Entissar Al Hamdany, danseur Hip hop spécialiste du Popping. C’est une création en coproduction avec Pseudonymo et Césaré, Centre national de création musicale et nous sommes ravis de mêler ainsi nos genres.

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Erotic Michard – Compagnie Succursale 101
Kourandart : Pour finir, quelques mots sur les spectacles que nous n’avons pas encore évoqués…

DGM : Là, je viens de donner un coup de main à Angélique sur Erotic Michard et j’avoue que nous nous sommes bien amusés ! Nous retrouvons Colette Michard, un personnage touchant qu’elle a créé il y a quelques temps, une jeune femme de 75 ans qui nous offre ici un effeuillage des plus cocasses. Nous avons évidemment le spectacle de Daniel Larrieu, tout à fait représentatif de la croisée des genres, Little Big B, une marionnette de grande taille manipulée par deux danseurs. Une autre très jolie découverte, c’est la création de Pierre Tual, également un ancien de l’ESNAM, Juliette (suite et fin trop précoce) qui lie théâtre d’objets avec des maquettes d’une incroyable précision, marionnettes et vidéo pour mettre en scène le texte à fleur de peau de Sylvain Levey. Nous accueillons Antonin Lebrun pour Le deuil des p’tites tortues, une fable sensible sur la question du deuil au travers des yeux d’un enfant et la compagnie Les 4 mains pour Le petit rouge, une jonglerie marionnettique d’objets détournés ! Enfin, n’hésitez pas à vous glisser sous la jolie Yourte fleurie entre deux spectacles pour profiter de la poésie sensorielle de Jade Collet et Justine Favart, une installation tactile, sonore et sensitive.

Propos recueillis par Angélique Lagarde et Françoise Lapeyre (Correspondante de presse à L’Union)

Retrouvez tout le détail de la programmation sur le site www.orbispictus.fr

Kourandart vous avez recommandé les précédents spectacles de David Girondin Moab, compagnie Pseudonymo, Imomushi et d’Angélique Friand, compagnie Succursale 101, Laboratorium.

Dans le cadre du Festival d’Avignon, il vous sera possible de voir ou revoir La baignoire révolutionnaire au Théâtre de la Condition des Soies et Sous la neige qui tombe à la Caserne de Champagne Ardennes. Enfin, Traversées – Fragment sera programmé à Vaucluse en scène.

 

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