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Rencontre avec Alain Batis pour Face de Cuillère au Théâtre de l’Epée de Bois par Angélique Lagarde

Posté par angelique lagarde le 22 juin 2012

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Féérie d’un passeur

Alain Batis, metteur en scène de Face de Cuillère de Lee Hall actuellement à l’affiche au Théâtre de l’Epée de Bois dans le cadre du cycle qui lui est consacré, revient sur cette belle aventure artistique.

5 x 2 invitations par représentation à gagner  jusqu’au dimanche 24 juin, du mercredi au samedi à 19h, le dimanche à 16h, sur simple réservation à contact@kourandart.com. Valable dans la limite des places disponibles !

Kourandart : Alain Batis, vous avez créé Face de Cuillère de Lee Hall en 2008.

Alain Batis : Oui, la création s’est faite dans le cadre de résidences que je mène avec la compagnie La Mandarine Blanche. Ensuite, elle a eu lieu dans un premier temps au Théâtre de l’Epée de Bois dans le cadre du Festival Un automne à tisser pour une première série d’une douzaine de représentations. Puis l’année suivante, nous avons joué vingt-cinq fois au Théâtre de l’Opprimé avant de partir cet été en Avignon au Théâtre Le Ring.

KA : Le spectacle a déjà reçu un bel accueil du public et de la presse… Qu’est-ce qui vous a séduit dans l’écriture de Lee Hall ?

AB : La dimension poétique de l’écriture. A la lecture du texte, j’ai eu véritablement un coup de cœur, j’ai été séduit par cette écriture singulière avec très peu de ponctuation, des tirets… une écriture presque suspendue. En la travaillant, se dégage pour la comédienne un corps singulier, une présence vraiment particulière. C’est la force de cette écriture. Il y a la force de l’auteur mais de surcroît c’est traduit magnifiquement par Fabrice Melquiot, auteur lui-même et je crois que ça forme une belle alchimie.

KA : Cette adaptation était une commande de votre part à Fabrice Melquiot ?

AB : Non, pour la petite histoire, quand j’ai lu le texte, il venait de paraître aux Editions de l’Arche. J’ai appelé tout de suite pour pouvoir le monter, mais il était déjà bloqué. Il y a donc eu une première version (dans la mise en scène de Michel Didym NDLR) avec Romane Bohringer dans le rôle-titre, une version très différente à priori et qui a plu mais que je n’ai pas vue.

KA : Lee Hall est, entre autres, le scénariste de Billy Elliot… Que ce soit dans le film, dans La cuisine d’Elvis ou encore dans Face de Cuillère, il est toujours question d’une enfance un peu compliquée dans son rapport au corps notamment…

AB : Oui, tout à fait. Dans Face de cuillère, la force de Lee Hall c’est de jouer avec tous ces ingrédients du mélodrame sans que ça ne devienne mélodramatique. Il aborde des choses très singulières et il y va à fond.

KA : Peut-on résumer Face de Cuillère ? Sans trop en dire…

AB : Oui, en quelques mots, Face de Cuillère, c’est le nom du personnage. Elle est née comme ça avec une tête toute ronde et quand ses parents ont remarqué sa singularité, sa rondeur, ils l’ont appelée Face de Cuillère. C’est une pièce qui raconte la différence de quelqu’un, sa particularité. On apprend qu’elle est autiste et atteinte d’un cancer, mais c’est véritablement un hymne à la vie en fait. Elle nous renvoie des étincelles de vie. Le public sort de là avec de la force, de l’énergie, même s’il a été bousculé parce qu’il peut rire, il peut pleurer, mais véritablement c’est un appel, un appel à la vie.

KA : La comédienne a-t-elle travaillé sur le comportement autistique  ?

AB : Evidemment, on s’est nourri, on a regardé des films sur l’autisme, on a fait un travail dans un IME (Institut Médico-Educatif) à Pantin. J’avais travaillé en IME avec des enfants sur des œuvres l’année précédente et ensuite Laetitia Poulalion, la comédienne, sur Antigone entre autres. Et en fait, je dois dire qu’on remarque à quel point ces personnes, ces jeunes enfants, ont un monde qui est vraiment le leur. C’est extrêmement riche comme expérience. Ils ont une très grande sensibilité, des voix, des corps, tout est singulier. Mais ce qui est très étonnant c’est que finalement c’est le souffle de l’écriture qui a dessiné le corps dans l’espace. On n’a jamais cherché à imiter quoi que ce soit, absolument pas, cela aurait été, je crois, insupportable. C’est en rentrant dans l’écriture de Lee Hall, dans son phrasé, dans son souffle, dans sa respiration que finalement un corps est apparu, entre un corps posé et un corps en mouvement, un corps dansant.

KA : Il y a-t-il eu une évidence à travailler avec cette comédienne ?

AB : Absolument. J’ai fait la connaissance de Laetitia dans les rencontres de théâtre de Haute-Corse qui sont présidées par Robin Renucci et dirigées par Serge Lipszyc. Depuis dix ans, je suis metteur en scène associé là-bas. Quand j’ai monté Roberto Zucco de Koltès, j’ai repéré cette jeune fille qui jouait la gamine et depuis, on a travaillé ensemble. Quand j’ai lu la pièce, j’ai pensé à elle automatiquement. Il y a eu effectivement une espèce d’évidence et de désir d’inventer avec elle, de trouver ensemble la poésie de l’œuvre, et la poésie de l’oeuvre se trouve aussi dans les résonances des mystères poétiques de l’acteur.

KA : En termes de matériaux utilisés pour construire le spectacle, il y a du papier et de la musique…

AB : Il y a le fil, La Callas avec ses grands airs qui tourne les pages du récit. Les grands airs sont là puisque cette jeune fille rêverait de mourir en musique comme ces chanteuses d’opéra sur scène. Ensuite, au niveau de la scénographie on est parti de matières… J’avais l’image d’une grande page blanche qui tombait au sol, et puis du papier. Et à partir du papier, de cette page blanche, avec Laetitia Poulalion, nous avons inventé un espace où se créent des oiseaux, des petites marionnettes, des petits personnages en papier, des grandes poupées et tout un jeu avec l’ombre et la lumière. On est resté sur des matériaux autour du blanc, il y a aussi de l’argile et des plumes, mais la fragilité du papier raconte assez bien la fragilité de la vie.

KA : C’est un spectacle qui peut vraiment s’adresser à tous, même aux plus jeunes …

AB : Oui, parce que je pense que c’est une parole forte dans laquelle on peut tous rentrer, il n’y a pas de barrière de langue. C’est ça un beau texte, quelque chose d’ouvert. Il y a plusieurs feuillages. Il y a à la fois une profondeur, un mystère et une simplicité apparente. C’est une simplicité qui fait qu’a l’issue de la représentation, il ne restera pas rien au spectateur, c’est une belle simplicité ! Et pour l’acteur aussi, il y a ce plaisir d’être nourri en permanence par un texte, cette espèce d’aller-retour entre l’acteur et la page. C’est beaucoup de travail et maintenant que le spectacle est créé, on a envie de le partager, de rencontrer les publics, d’échanger avec eux parce que je pense que c’est le sens même de la vie de transmettre…

Propos recueillis par Angélique Lagarde

Théâtre de l’Epée de Bois
Cartoucherie
Route du Champs de manoeuvre
75012 Paris
Réservations au 01 48 08 39 74

 

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