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Rencontre avec Ahmed Dich, auteur de Chibani et Quelqu’un qui vous ressemble au Théâtre des Lucioles – Avignon Off – par Bilguissa Diallo

Posté par angelique lagarde le 19 juillet 2012

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Ahmed Dich © Thierry Rateau

Littérature : Chibani, Editions Anne Carrière, disponible en librairie.

Théâtre :
Quelqu’un qui vous ressemble
Adapté par et avec Rémy Boiron
Au Théâtre des Lucioles jusqu’au 28 juillet – Avignon Off – Tous les jours à 12h25


Quand la seconde génération affronte la première… un romancier et dramaturge aux confluents des identités

Avec un sixième roman aussi dense qu’intimiste, Chibani, Ahmed Dich prend à bras le corps et de l’intérieur le thème l’immigration et ses corollaires que sont l’intégration et identité. Malick, son personnage, un acteur d’origine maghrébine en mal de rôle à sa mesure, profite d’un voyage de ses parents pour revenir dans son village natal se ressourcer, tout en prenant soin d’éviter les interrogations familiales. C’était sans compte sur Chibani, le vieux voisin, qui doit lui remettre les clés de l’appartement et profite de l’occasion pour régler ses comptes avec Malick, symbole de cette seconde génération que la première ne parvient à comprendre. S’amorce alors entre les deux personnages une partie d’échec dialoguée où poindra l’amertume, le cynisme et les désillusions des deux générations. Avec ce livre percutant et poignant, Ahmed Dich permet en peu de lignes de décrypter de l’intérieur les questionnements identitaires qui taraudent les Français d’origine maghrébine. L’auteur nous a confié quelques mots sur cet ouvrage, sa carrière et sa pièce actuellement à l’affiche au Festival d’Avignon Off, Quelqu’un qui vous ressemble.


Kourandart : Chibani est votre sixième roman, qu’est ce qui le caractérise par rapport au reste de votre production littéraire ?

Ahmed Dich : J’ai le sentiment d’y avoir mis tout ce que j’avais au fond des tripes au sujet de l’identité. Ce livre, je l’ai conçu à la suite d’une frustration éditoriale : on m’avait refusé un manuscrit qui parlait du thème de la rédemption. Ce manuscrit avait la particularité de ne contenir aucun personnage maghrébin et par conséquent, mes éditeurs ne savaient pas comment le vendre ! Je le considérais comme mon meilleur texte et on me l’a refusé. J’ai donc extrait tout ce qui faisait le matériau, l’âme de ce précédent livre et j’ai reconstruit la charpente, avec une autre histoire, dans laquelle il y a un arabe cette fois, d’où la métaphore de l’acteur arabe qui ne trouve pas de rôle ; c’est plutôt l’écrivain qui ne trouve pas sa place…

KA : Le thème de l’identité ne semble pourtant pas vous être si cher ?

AD : Non, ce n’est pas en soi un sujet même s’il y a des choses à dire dessus, je le prends plus comme une trame, un décor. Au fond, tous ses enjeux sont universels et humains. Dans mes précédents livres, j’ai souvent abordé la question en toile de fond, mais jamais de plein fouet comme dans Chibani, mais puisqu’on attendait de moi que mon personnage soit arabe, autant s’en servir pour dire ce qu’on a sur le cœur. Les gens ont une image préconçue des minorités, on oublie qu’il s’agit d’individus avec des histoires singulières. Alors oui, parfois les questions identitaires se posent, mais pas forcément ! J’aime déconstruire les clichés, ou m’en servir… Ernest, mon premier roman, parlait d’un étudiant d’histoire de l’art, d’origine maghrébine, qui travaille en tant que commercial pour payer ses études et en vient à vivre dans un hôtel particulier chez un vieux riche, une sorte d’Intouchable avant l’heure. Mon second livre, Quelqu’un qui vous ressemble, est un récit autobiographique de mes dix premières années en France, mon quatrième livre, Autopsie d’un complexe, traite de deux policiers français (d’origine maghrébine et sénégalaise), qui partent vivre leur rêve américain… Bref, dans tous ces livres, l’identité n’est qu’un décor, pas un sujet, et cela sans compter les deux outres où je n’évoque même pas la question.

KA : Quelle est la part autobiographique dans Chibani ?

AD : Le côté désabusé de Chibani, c’est moi. Par ailleurs, dans mon passé, j’ai travaillé dans les champs pour des agriculteurs, avec des vieux maghrébins. J’ai fait les frais de leur cynisme à plusieurs occasions. Ils sont redoutables, ils ne pardonnaient pas au jeune homme que j’étais d’en être à travailler comme eux, alors que j’avais fait des études. Ils nous disaient : « Mais vous êtes des ratés, vous avez fait des études pour en arriver là ? ». La férocité de leurs propos a alimenté le personnage de Chibani.

KA : Chibani, ce n’est pas un prénom d’ailleurs…

AD : Non, ça veut dire vieux, ancien… c’est un terme affectueux utilisé pour qualifier ceux qui ont un certain âge. Cette génération qui a émigré a du mal à l’admettre, mais elle n’est pas si mal en France. Ils retournent rarement finir leurs jours au pays, parce qu’ils ont besoin de soins qu’on ne peut pas toujours leur prodiguer sur place. Le confort a du bon…

KA : Cependant, on sent beaucoup d’amertume dans les propos des personnages…

AD : Oui, parce que cette génération s’est sacrifiée, elle est passée à côté de sa vie et elle en a conscience. Ils n’ont pas pu avoir de vie intellectuelle, ils ont tout donné pour les générations suivantes, c’est pourquoi les attentes sont si grandes.

KA : Quelques mots sur vos projets d’avenir ?

AD : Mon second roman, Quelqu’un qui vous ressemble, a fait l’objet d’une pièce qui se joue à Avignon jusqu’au 28 juillet. J’espère faire monter Chibani au théâtre dès que possible, et je veux réécrire le roman qui n’a pas été accepté, en lui insufflant encore plus de densité que la première version. Et dans l’avenir, j’aimerais consacrer un livre à ma jeunesse dans le pays basque. J’étais saisonnier à St-Jean de Luz et c’est une belle période de ma vie, ça mérite bien un roman !

Propos recueillis par Bilguissa Diallo

Théâtre des Lucioles
10, rue rempart St Lazare
84000 Avignon
Réservations au 04 90 14 05 51

Autres romans d’Ahmed Dich :
Ernest, Editions Anne Carrière 1997
, Quelqu’un qui vous ressemble, Editions Anne Carrière, 2001
, Un guide aveugle et fou, Editions du Rocher, 2003, 
La note pour les cannibales, Editions du Rocher, 2005
, Autopsie d’un complexe, Editions du Rocher, 2007

 

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