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Je pense à Yu de Carole Fréchette – Mise en scène de Jean-Claude Berutti au Théâtre Artistic-Athévains par Marie-Laure Atinault

Posté par angelique lagarde le 13 mai 2013

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Je pense à Yu © Jean-Louis Fernandez

Je pense à Yu
De Carole Fréchette (édité chez Actes Sud Papiers en 2012)
Mise en scène de Jean-Claude Berutti
Avec Marianne Basler, Antoine Caubet et Yilin Yang.
Scénographie et costumes de Rudy Sabounghi
Au Théâtre Artistic-Athévains du 14 mai au 30 juin 2013

Fréchette + Berutti + Canada + Chine = une belle soirée de théâtre

La vie peut basculer par trois lignes dans un journal, comme elle peut basculer par un jet de peinture. Madeleine est la reine de la procrastination. Sous ce mot un peu barbare, se cache tout simplement le fait de remettre au surlendemain ce qui aurait dû être fait la veille. Elle doit faire la traduction d’un rapport peu motivant. Mais tout l’appelle ailleurs…

Son appartement n’est toujours pas installé depuis son emménagement qui date de quelques mois, les cartons pleins, les meubles en vrac. Elle sait qu’elle devrait ranger mais elle ne peut pas. Elle ne veut pas répondre au téléphone, elle ne veut pas de visite, refusant même d’ouvrir à son élève Lin, la petite chinoise qui pourtant vient de loin pour ses cours de français. Non, tout cela elle n’en veut pas. Tout ce qui peut lui rappeler une vérité immédiate, le monde proche qui l’entoure, l’insupporte comme des sangsues qui prendraient son énergie, qu’elle veut intacte pour comprendre et avoir un maximum d’information. Son ordinateur l’appelle comme un aimant. Inlassablement, elle lit et relit cette phrase qui insidieusement occupe toutes ses pensées. Ce n’était qu’un entrefilet dans son quotidien : le journaliste chinois Yu Dongyue, 38 ans, venait d’être libéré après avoir passé 17 ans en prison. Son crime, avoir lancé de la peinture sur un portrait de Mao.

Madeleine est bouleversée hors de proportion par cette terrible injustice. Son appartement en désordre est à l’image de sa confusion et de sa perturbation. 17 ans en prison pour Yu et elle, qu’a-t-elle fait pendant ces dix sept ans ? Obstinée, Madeleine n’a plus aucune prise sur son entourage, elle se laisse « envahir » par un voisin Jérémie, un drôle de type qui cache une vraie fêlure et qui a besoin d’aide. A sa façon, il crie au secours, mais Madeleine ne l’entend pas. Lin travaille sans relâche. Elle rêve de vivre dans ce pays et de parler sans accent, sans faute cette langue difficile qui exprime bizarrement certain sentiment. Sans vergogne, Madeleine ferme sa porte. Ce fait-divers l’obsède.

Quel bonheur pour un auteur de rencontrer un metteur en scène qui sait mettre en images scéniques ses mots. La pièce de Carole Fréchette est d’une intimité cérébrale, qui navigue dans les sens du personnage principal. Fréchette explore les méandres des réflexions, des introspections, des hésitations de Madeleine jusqu’à ses subterfuges pour repousser le moment d’écrire, d’écouter. Le décor de Rudy Sabounghi nous plonge dans cet univers en construction. La grande fenêtre de l’appartement de Madeleine devient l’écran de l’ordinateur avec ses recherches sur la toile, puis devient l’écran des textos de Lin, il est à noter que Jérémie lorsqu’il téléphone à son fils verbalise mais n’écrit pas.

Les deux envahisseurs occupent les à-côtés de l’espace de vie de Madeleine. Ils sont comme deux souris de laboratoire qui vont devoir trouver le bon chemin dans le labyrinthe mental d’une femme qui se cherche elle-même. Le spectateur se laisse embarquer dans les pensées de Madeleine, et suit ses découvertes sur Yu. Antoine Caubet compose un canadien pur jus, par lui vient ce grand froid qui a fait les hommes de ce pays, une composition pleine de saveur. La jeune Yilin Yang est étonnante de spontanéité, elle fait passer tout le poids du choc des civilisations et qu’il est difficile de juger des faits sans percevoir l’écho des voix de la rue. Marianne Basler est Madeleine, elle porte le texte de Carole Fréchette, un texte exigeant, qui cache ses pépites entre deux chausse-trappes. Le rôle de Madeleine est ambigu, cette femme est généreuse et égoïste, exaspérante et attachante. Il est rassurant de voir un spectacle qui nous porte car nous pensons bien longtemps après le rideau final à Yu, à vous et à nous.

Marie Laure Atinault

Théâtre Artistic-Athévains
45 Rue Richard Lenoir
75011 Paris
Réservations au 01 43 56 38 32

 

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