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Paysages avec bœuf, âne et enfants de et mis en scène par Susana Lastreto – Festival en compagnie d’été au Théâtre 14 – par Irène Sadowska Guillon

Posté par angelique lagarde le 17 août 2013

Paysages avec bœuf, âne et enfants de et mis en scène par Susana Lastreto - Festival en compagnie d'été au Théâtre 14 - par Irène Sadowska Guillon dans Festivals photo-paysages-madeleine_marie-300x225

Paysage avec bœuf, âne et enfants © Susana Lastreto

Paysages avec bœuf, âne et enfants
De et mis en scène par Susana Lastreto
Avec François Frapier, Mathilde Baunaure, Yan Tassin et Laura Zauner.
Lumières de Stéphane Deschamps
Paysage sonore de Jacques Cassard
Créé dans le cadre du Festival En compagnie d’été au Théâtre 14 du 12 au 24 août

Cette Sainte Famille !

Le spectacle du débat et des affrontements entre les « pour » et les « contre » le mariage pour tous qui s’est joué au printemps dernier dans les rues de notre République laïque et néanmoins catholique a inspiré à Susana Lastreto Paysages avec bœuf, âne et enfants, une farce saugrenue, pas très catholique, et pourtant pleine de bon sens. Ce bon sens qui nous surprend chez les enfants quand ils nous interrogent avec l’innocence impertinente, sur ce qu’on considère comme évident, établi. Ainsi le lien indissoluble du mariage ou le modèle chrétien de la famille, père, mère, fils, que, depuis des siècles et des siècles, nous transmettons de génération en génération et célébrons chaque année à Noël. Malgré les outrages, les déviations qu’il n’a pas cessé de subir, ce modèle patriarcal, de droit divin et catholique a toujours la peau dure.

A y voir de près, la Sainte Famille serait déjà un archétype de famille ouverte, progressiste, en un mot moderne et même postmoderne. N’y trouve-t-on pas en germe des variantes possibles dévoyant le modèle canonique que nous célébrons chaque année à Noël ? Faisant s’interférer en permanence le présent, l’actualité de notre société avec les mythes bibliques, fondateurs de la famille et les récits évangéliques, avec un humour décapant, sur un ton de farce irrévérencieuse, Susana Lastreto revisite et met en jeu les traces de ce que la religion, Dieu, la Sainte Famille, la naissance du fils de Dieu, sa résurrection, ont laissé dans nos vies. L’os de discorde : le modèle de la famille orthodoxe supposé légitime. A tort, car Dieu dans sa divine et clairvoyante sagesse instituant le modèle familial y a inclus implicitement des dérives.

Et si l’on remontait à son origine même pour le questionner depuis notre époque contemporaine avec la liberté du regard étonné, curieux et rationnel des enfants qui cherchent à comprendre ce sacré puzzle familial ? Car cette jolie vitrine de la famille modèle immortalisée par tant et tant de peintres, inscrite dans l’imaginaire collectif, telle la boîte de Pandore, recèle bien des entorses au dogme. De fait la Sainte-Famille n’est-elle pas déjà un modèle de famille recomposée ? Si Joseph est le père adoptif de l’enfant Jésus qui est son père biologique ? Et si le Saint Esprit était une métaphore pudique de la conception par insémination artificielle ? etc… Ces questions et bien d’autres : sur le Déluge et la famille pas très exemplaire de Noé choisie par Dieu pour régénérer l’humanité, sur le rôle de la femme dans la religion, sur la résurrection qui renvoie le bonheur à plus tard et ne s’intéresse qu’à nos âmes… taraudent les quatre personnages, une sorte de concentré générationnel ayant en commun la même culture religieuse, « des enfants, des adultes, anciens enfants, des vieux encore enfant, les enfants déjà vieux. »

D’entrée le théâtre est avoué. Les quatre acteurs, conteurs, tantôt forment un chœur, tantôt prenant en charge le récit et jouent, sans totalement incarner, les divers protagonistes de l’histoire qu’ils vont revisiter. On indique dès le départ son origine mythique, biblique : les acteurs (deux hommes et deux femmes) tous en salopette blanche, tel un chœur, lisent ensemble un grand livre posé sur un pupitre. Tout se fait de façon artisanale, instantanément, à vue. De temps à autre dans le jeu très vif font irruption, tels des arrêts sur image, des scènes flash évoquant les peintures de la Sainte-Famille du XVe, XVIe siècle, notamment du Caravage, les acteurs en costumes d’époque s’immobilisant dans les poses des personnages des tableaux. Les éclairages de Stéphane Deschamps renforcent l’illusion des tableaux.

L’histoire biblique, ses représentations picturales, formant notre imaginaire collectif de la religion, de la Sainte Famille avec ses acolytes, de Dieu, du concept du péché, de la culpabilité, du sacrifice, passées au crible de notre regard d’aujourd’hui et de l’humour ravageur, iconoclaste, prennent une forme à la fois familière et comique. Que reste-t-il de la religion, du sacré, de nos illusions nommées foi, dans leur version trivialisée dans notre quotidien ? Tels des orphelins de la Providence rassurante mais inopérante, les personnages de ce conte cruel s’écrient à la fin : Dieu pourquoi nous as-tu abandonné ? Il y a de l’invention à la puissance n, de la simplicité, de la naïveté subversive des enfants dans les interrogations et les propos drôles et pertinents, pas très religieusement corrects, qu’échangent les quatre acteurs. Alors cessons les querelles, allons voir ce brillant spectacle pour tous ! En nous offrant ce fabuleux conte de Noël païen, Susana Lastreto nous éblouit une fois de plus par sa maîtrise de l’art du théâtre et la puissance de l’invention qu’elle sait inoculer à ses excellents acteurs.

Irène Sadowska Guillon

Théâtre 14
20 avenue Marc Sangnier
75014 Paris
Réservations au 01 45 45 49 77

 

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