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Guide de la Zarzuela de Pierre René Serna par Irène Sadowska Guillon

Posté par angelique lagarde le 29 août 2013

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Guide de la Zarzuela
De Pierre René Serna
Chez Bleu Nuit Éditeur

Cette illustre inconnue de la scène française

Alors qu’en France, Corneille puis Racine, feront triompher le théâtre classique et qu’en Italie Caccini et Monteverdi inventent l’opéra, en Espagne, qui vit son Siècle d’Or, illustré par Cervantès, Lope de Vega, Tirso de Molina, Guillen de Castro, Calderón, nait au début du XVIIème siècle un nouveau genre de théâtre lyrique, proche de l’opéra bouffe, la zarzuela, représenté initialement à la Cour de Madrid. Pierre René Serna, journaliste dans plusieurs revues européennes, musicographe, spécialiste de la musique espagnole, auteur de Berlioz de A à Z et de Wagner, vient de combler cette lacune dans notre culture musicale avec son excellentissime Guide de la zarzuela, premier ouvrage sur le sujet en France, couronné par le Prix du Meilleur Livre sur la Musique 2013 du Syndicat Professionnel de la Critique de Théâtre, Musique et Danse.

Glorifiée par Camille Saint-Saëns, Frédéric Nietzsche, pour ne citer qu’eux, ayant entre autres pour compositeurs Albeniz, Granados, de Falla, la zarzuela, qui a régné pendant presque quatre siècles sur les scènes d’Espagne puis des Amériques hispaniques, reste inconnue en France. Pourtant, parmi ses illustres interprètes il y a Teresa Berganza, Placido Domingo, Alfredo Kraus et d’autres… Sont-ce les Pyrénées ou l’insensibilité française à cette forme originale et pléthorique de théâtre lyrique qui lui ont barré le chemin des scènes françaises ?

Il n’est guère facile de définir la zarzuela, forme de théâtre lyrique qui apparaît en Espagne un bon siècle avant l’opéra comique français auquel on pourrait la rapprocher. Il s’agirait d’un genre de théâtre lyrique avec une action représentée sur scène dans un décor, où les parties chantées et les dialogues alternent, avec chanteurs, choristes, acteurs, danseurs, costumés.

Ses librettistes sont les auteurs les plus prestigieux de l’époque dont Calderón de la Barca, grand propagateur de ce nouveau genre scénique. Même si ce dernier en consacre l’appellation et en établit des règles, la zarzuela, tout comme d’autres formes artistiques espagnoles et notamment le théâtre, rétive aux règles et aux schémas figés, ne cessera de s’en affranchir. Il existe des zarzuelas entièrement chantées, sans parties parlées. Elle se réinvente en multipliant ses formes, ses genres scéniques, du drame sanguinolent, tragique au comique quasi farcesque d’opéra bouffe, son registre allant des thèmes mythiques, historiques, patriotiques, religieux aux situations de la vie quotidienne, aux fêtes populaires et aux sujets frivoles de la revista.

Son origine est liée au palais de villégiature royale la Zarzuela, construit au début du XVIIème siècle au Nord de Madrid. Le nom de ce palais vient des ronces (zarzas) qui l’entouraient à l’époque. Le roi Philippe IV et sa Cour s’y divertissaient en faisant représenter des comédies où la déclamation et le chant alternaient. Ces soirées théâtrales au palais de la Zarzuela donneront le nom aux pièces qu’on y représentait les distinguant ainsi de l’opéras, adopté en Espagne en même temps qu’en Italie, donné au palais del Buen Retiro, résidence royale officielle à Madrid.

Parmi les zarzuelas conservées, jouées au palais de la Zarzuela : El jardin de Falerina (1648), El golfo de las sirenas (1957). Au début du XVIIIème siècle, la zarzuela commence à quitter les résidences royales et se démocratise, s’exportant dans des théâtres populaires de Madrid. Le petit peuple madrilène devient non seulement son public mais aussi le protagoniste des pièces. La carrière de ce spectacle devenu populaire s’étendra sur toute l’Espagne, aux pays hispanophones du continent américain et jusqu’aux Philippines, donnant parfois lieu à des créations autochtones originales, comme par exemple la célèbre Maria La O du compositeur cubain Ernesto Lecuona.

La guerre civile espagnole de 1936 porte le premier coup à la zarzuela qui, à partir des années 1950, devra affronter d’une part la concurrence du déferlement des chansons de variétés et d’autre part la mutation de l’art lyrique où la mélodie n’a plus de place. Si bien qu’après 1960 elle n’aura plus de postérité mais on continue toujours à la représenter comme un genre du répertoire historique. Sa longue carrière dans son pays d’origine et dans le monde hispanique est organiquement liée à l’histoire, à la culture et aux traditions communes, dont le franquisme écrira l’ultime chapitre. La zarzuela restera en quelque sorte la dépositaire de cette histoire.

Cet ouvrage est composé d’une centaine d’entrées par ordre alphabétique inversé, de Z à A, en clin d’œil avec l’esprit irrévérencieux de la zarzuela, sont autant de pistes pour découvrir et explorer cette terra incognita chez nous. Dans la centaine d’articles illustrés, l’auteur évoque environ 500 ouvrages, 200 compositeurs, 40 librettistes dont une cinquantaine de portraits détaillés des musiciens emblématiques. L’analyse de 22 œuvres clefs comporte : titre, nombre d’actes, auteurs de la musique et du livret, date et lieu de création, durée, résumé de chaque acte, choix de discographie avec analyse critique de l’interprétation musicale et vocale. En tout près de 300 enregistrements sont ainsi analysés. Les index des œuvres, des compositeurs et des librettistes complètent cet ouvrage dans lequel il a glissé une surprise gourmande : à la lettre Z on trouvera une recette de la bien nommée zarzuela, un délicieux plat typique mêlant divers poissons. Pierre-René Serna met au grand jour l’extraordinaire richesse de ce théâtre lyrique, (plus de 20 000 titres et plus de 500 compositeurs), la diversité de ses formes, de ses styles et de ses thèmes.

Irène Sadowska Guillon

Guide de la zarzuela
De Pierre-René Serna
Chez Bleu Nuit Éditeur, 2013
236 pages, prix 30 €.

 

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