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Rencontre avec Luì Angelini et Paola Serafini, compagnie La Voce delle Cose par Angélique Lagarde

Posté par angelique lagarde le 17 septembre 2013

Rencontre avec Luì Angelini et Paola Serafini, compagnie La Voce delle Cose par Angélique Lagarde  dans Europe 1-300x199

Luí Angelini et Paola Serafini, compagnie La Voce delle Cose © Benoit Fortrye

Come sta il teatro di figura e di oggetti contemporaneo en Italia ?
Comment se porte le théâtre de figure et d’objets contemporain en Italie ?

Lors du festival Teatro a Corte à Turin, dirigé par Beppe Navello, un homme à la curiosité aiguisée, nous avons pu découvrir la Macchina per il Teatro Incosciente de la compagnie La Voce delle Cose créée par Luí Angelini et Paola Serafini. La particularité de ce festival qui se déroule chaque année sur les week-ends du mois de juillet est de proposer des créations in situ pour les palais et jardins de la Maison de Savoie. Entresort sous forme de théâtre d’objet participatif, le  dispositif est simple, une valise au centre, de chaque côté un manipulateur et un spectateur, chacun un casque sur les oreilles, le manipulateur reçoit des consignes de jeu et le spectateur écoute l’histoire. La proposition de ce duo de marionnettistes italien nous a questionnés et nous avons eu envie d’aller plus loin, à la rencontre du teatro di figura. Au travers de leur parcours, nous avons abordé le statut actuel du théâtre de marionnette et d’objet en Italie et la façon dont ils ont exploré sa pratique.

Comment est née votre compagnie ?
En 1978, nous avons fondé la compagnie Assondelli & Stecchettoni puis nous avons travaillé avec le Théâtre de la Marionnette de Cervia et le festival Arrivano dal Mare! , le plus grand théâtre et festival de marionnettes italien qui est devenu également une coopérative à laquelle nous participions. C’est en 2000 que nous avons décidé de créer une nouvelle compagnie parce que notre travail avait bougé, que la structure théâtrale rencontrait de plus en plus l’art visuel et que nous nous dirigions vers l’objet. Depuis, nous organisons notamment des expositions d’objets à partir de pièces assemblées par les spectateurs. Nous avons dès lors commencé à travailler sur les machines et à proposer des ateliers et formations. Pour La Voce delle Cose, il y a toujours néanmoins une place pour le texte, nous travaillons sur un triangle formé par le théâtre, les arts plastiques et le jeu. Nos créations se déplacent dans ce triangle, avec certaines étroitement liées au théâtre, d’autres à la sculpture ou autre formes plastique, d’autres au jeu, et d’autres encore entre deux, mais ils ont tous au moins un peu de chacun des trois éléments constitutifs.

Vous avez commencé en 1978 avec la marionnette à gaine puis vous êtes passés au théâtre d’objet, comment précisément s’est opéré ce changement de pratique ?
Nous étions depuis le début dans l’expérimentation. Nous utilisions certes la marionnette à gaine mais pas de façon traditionnelle. Nous avons fait des expériences avec des techniques différentes : la tige, les ombres… Puis nous avons découvert que les marionnettes hors de scène redeviennent des objets et nous avons commencé à voir d’autres compagnies qui faisaient des spectacles assemblant des objets pour faire des personnages… Nous avons vraiment vu les débuts du théâtre d’objets avec la compagnie Manarf et le Vélo Théâtre en France et le Teatro delle Briciole et nous en Italie. Et il y a aussi un fait historique, c’est ce moment où la grande quantité d’objets qui occupe nos vies est devenue si dense qu’elle s’est immiscée en dépit de notre volonté, dans nos esprits. Le théâtre d’objet a identifié ce paramètre et l’a traité. En revanche, si l’objet était prépondérant à cette époque, il a des difficultés à exister aujourd’hui, «  le téléphone fait tout »,  il est devenu obsolète et par conséquent la quantité d’objets de formes et de matières différentes va diminuer. 

Quelle est  la place du théâtre d’objets aujourd’hui en Italie, est-ce une forme reconnue ?
En Italie, il y a assez peu de compagnies qui font du théâtre d’objets. Le Teatro delle Briciole par exemple est passé à un travail d’acteurs. Il y a Gyula Molnár qui continue à sa façon et Gigio Brunello qui fait de la marionnette à gaine mais y insère l’objet. Et nous tout en évoluant, nous pratiquons le théâtre d’objets d’une manière plus « rigide », idéologique.

Existe-t-il des formations diplômantes de marionnettistes ?
Il y a des centres de documentation qui promeuvent des rencontres, des festivals et proposent des formations aux jeunes artistes. Il faut dire que le problème en Italie par rapport à la France, c’est la somme d’argent réelle consacrée au théâtre. Le PNB français est quasi le double de celui de l’Italie et le choix de l’argent investi dans la culture est quatre fois supérieur, donc ça fait huit fois plus pour vous ! (rires). En Italie, nous nous sommes donc reporté sur le mécénat privé et se sont plutôt des fondations bancaires qui subventionnent la culture. L’Institut Italien de la Culture s’occupe presque exclusivement de musique, enfin surtout d’opéra et un peu de littérature. En Italie, le spectacle, quel qu’il soit, n’intéresse pas tellement les institutions.

Et comment sont perçus la marionnette contemporaine et le théâtre d’objets dans ce pays de tradition où la marionnette classique de Pulcinella est reine ?
Ils cohabitent sans problème ! (rires) En Italie, chaque région a sa spécificité : la marionnette à gaine en Emilie Romagne et en Lombardie, l’Opera dei Pupi (théâtre de poupées) en Sicile et la marionnette à fil au Piémont. Il y a beaucoup de jeunes dans les années 2000 qui ont choisi la marionnette à gaine parce qu’elle est plus légère, plus transportable et ne demande pas beaucoup d’espace comme la marionnette à fil. En revanche, il n’y a pas de festivals dédiés au théâtre d’objets ou à la marionnette contemporaine, mais on remarque une cohabitation sans heurts entre tradition et modernisme avec un public qui apprécie les deux. Quant à nous, même si nous faisons de l’objet aujourd’hui, la construction de notre rapport au public vient de la marionnette à gaine. Elle réclame comme l’objet une complicité entre le public et le manipulateur. Notre ami Stefano Giunchi, directeur du festival Arrivano dal Mare! , joue aussi de la marionnette à gaine et nous avons trouvé beaucoup de similitudes dans nos deux pratiques. La marionnette à gaine a une structure qui est donnée par l’anatomie de la main et de la même façon l’objet va imposer des règles du jeu liées à sa forme et à son usage dans la vie quotidienne. Ce n’est pas exactement le même, mais c’est aussi un parcours d’aller-retour entre le manipulateur et la matière.

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Luí Angelini, compagnie La Voce delle Cose © Benoit Fortrye

Cette Macchina per il Teatro Incosciente représente l’apogée de votre travail puisque vous confiez les outils aux spectateurs ; est-ce représentatif de vos créations d’offrir ce champ d’expression et d’imaginaire au public ?
Oui… A chaque fois, c’est la rencontre d’une histoire avec des objets donc une double proposition de regard pour le spectateur. Le titre de l’un de nos derniers spectacles est très évocateur,  La forma delle storie, c’est l’idée de parler en même temps de l’histoire et des règles du jeu.

Vous désirez que le spectateur soit actif…
Nous avons envie qu’il soit présent avec sa tête et pour ça nous utilisons des histoires bien connues car nous aimons beaucoup jouer sur le rapport de la représentation de l’histoire et l’image que le spectateur en a. Nous souhaitons délivrer l’esprit du « quoi » en faveur du « comment ». Au final, il n’est pas fondamental de restituer l’histoire de Cendrillon ou celle de Roméo et Juliette, cela a déjà été bien fait, c’est fait parfaitement par les acteurs, ce que nous souhaitons c’est créer une autre dimension.

Depuis quand ces machines existent-elles ?
Le premier groupe de trois histoires a été créé en 2000 au moment où nous avons quitté le festival Arrivano dal mare ! pour créer notre compagnie. Puis, petit à petit, nous avons ajouté de nouvelles histoires, la dernière c’est Orlando Furianso que nous sommes en train de monter pour l’Opera dei Pupi à Palerme. Nous l’avons découpé en trois moments clefs du spectacle qui feront des propositions de quatre minutes.

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Macchina per il Teatro Incosciente, compagnie La Voce delle Cose © Benoit Fortrye

Vous évoquiez Palerme, quels sont les autres festivals ou lieux sur lesquels vous pouvez présenter votre théâtre d’objets ?
Nous tournons beaucoup sur les festivals de marionnette, qu’en Italie d’ailleurs on appelle figure, teatro di figura comme en allemand, le figurentheater. Chez nous, il n’y a pas un seul mot pour tout. En italien, il y a burattino, la marionnette à gaine, marionetta seulement pour la marionnette à fil et les pupi qui sont des poupées. Il n’y avait pas de mot générique alors nous sommes partis de la tête avec figura comme les allemands, sachant qu’en plus pour eux, le puppenspiel avait pris une mauvaise connotation sous la dictature hitlérienne, aussi le figurentheater convenait mieux. Nous tournons donc sur les festivals de théâtre de marionnettes ou de théâtre de recherche comme nous pourrions qualifier Teatro a Corte, sur les festivals de rue ou encore pour des évènements dans les médiathèques qui sont très actives en Italie et qui correspondent bien au public de nos machines qui ne posent pas le problème de l’âge. Nous avons une vidéo formidable d’un punk avec des tatouages et des piercings partout sur le corps qui joue Le petit chaperon rouge. Et nous avons également de jolies vidéos de couples de personnes âgées qui retrouvent leur regard d’enfant. Jouer avec l’objet plonge dans un état infantile…

Le choix des objets interpelle, certains marionnettistes utilisent des éléments figuratifs comme des poupées, des voitures, mais vous ce sont plutôt des éléments du quotidien que vous mettez en scène…
Dans les machines, nous ne voulons surtout pas utiliser d’objet qui représenterait un personnage par exemple parce que le manipulateur doit rester inconscient ! Il ne faut pas qu’il projette quelque chose sur la poupée mais qu’il reste dans l’imaginaire. Quelques fois dans nos spectacles nous utilisons des petites statues ou des objets un peu figuratifs mais le moins possible, et jamais dans les machines. Pour la machine, il faut absolument que l’utilisation de l’objet soit détournée. Pour Cendrillon par exemple, nous ne traitons que la partie de la chaussure avec trois visses de dimensions différentes et une seule qui a le boulon correspondant. En revanche, il y a une contrainte importante, c’est de toujours être dans la même « famille » d’objets. C’est indispensable pour que le spectateur puisse accepter le côté métaphorique. Si les objets proviennent du même univers dans la vie réelle, il devient alors acceptable qu’ils s’animent ensemble dans l’imaginaire. Si on ne fait pas attention à ça, le spectateur n’y croira pas.

Au cours de vos voyages, il y a-t-il des pays ou des compagnies pour lesquels vous avez eu un coup de cœur pour leur travail sur l’objet ?
Nous avons découvert des compagnies intéressantes au Brésil, un pays où la relation avec le public est formidable. Pour nous européens, c’est un peu inimaginable, le théâtre est toujours un peu une niche, tandis que pour eux c’est un art très populaire, ils doivent cela au théâtre forum évidemment. Le nombre de spectateurs sont astronomiques : à Manaos, sur un week-end, ils ont comptabilisé 40 000 personnes, c’est-à-dire l’équivalent de tous les publics de tous les festivals en Italie ! (rires).

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Macchina per il Teatro Incosciente, compagnie La Voce delle Cose © Benoit Fortrye

Vous disiez qu’il y a donc peu d’écoles en Italie mais vous, est-ce que vous transmettez votre savoir d’une manière ou d’une autre ?
Il y a une école privée soutenue par la région Emilie Romagne qui appartient à un réseau d’écoles régionales de théâtre. C’est lié à une loi européenne. Au sein de cette école, l’atelier de la figura lié au festival Arrivano dal mare ! est une école de marionnettiste qui propose des formations  longues au cours de laquelle nous tenons des workshops sur le théâtre d’objets de deux à trois semaines. On fait un premier niveau et ensuite un master pour se spécialiser. Quand nous avons commencé cela n’existait pas, il y avait des maîtres qui venaient proposer des stages. Pour nous, il y a eu une rencontre très importante, c’est celle de Maria Perego et son Topo Gigio (marionnette animée représentant une souris anthropomorphique, qu’elle a créé en Italie pour la télévision en 1959), surtout sur la manière de toucher les objets. Elle nous a vraiment transmis cet art du détail qui donne la possibilité d’être expressif.

En Italie, la marionnette est-elle encore populaire ?
Oui, elle a eu un petit moment de crise dans les années 80, mais elle a très bien repris ! Chez nous, il y a beaucoup de festival en extérieur l’été, et le théâtre de marionnette est parfait pour la place publique. C’est un spectacle qui ne coûte pas grand chose, qui ne nécessite pas beaucoup de participants… On arrive, on monte, on joue, on démonte, et hop on va s’installer ailleurs ! N’oublions pas que la marionnette à gaine est née dans les foires, c’est une façon de reprendre sa place.

Avez-vous déjà travaillé avec des danseurs ou des circassiens ?
Des danseurs jamais,  en revanche, nous travaillons avec des compagnies d’acteurs pour lesquelles nous fabriquons régulièrement des objets ou des mécanismes. Souvent les objets semblent être comme ils sont, mais il y a derrière un travail de bricolage caché (rires).

Les disciplines sont plus compartimentées en Italie qu’en France ? Il n’y a pas de passerelles comme on en voit de plus en plus entre danse, cirque, objets…
Non, pas trop chez nous. Nous par exemple, en tant que compagnie de marionnettes, nous sommes quasi les seuls à passer dans des festivals de théâtre recherche. Il y a quelques compagnies de théâtre expérimental ou de danse qui utilisent des objets, mais ils font tout eux-mêmes. Les barrières vont finir par tomber… Dans le dernier master que nous avons proposé, il y avait deux élèves qui ont fait une école de nouveau cirque de Bologne. Et on a essayé de trouver des moments de croisements entre les deux arts ; Mais de nouveau, c’est un problème économique important parce que faire un travail de mélange prend beaucoup de temps, et le temps c’est de l’argent et souvent chacun choisi de travailler dans sa discipline avec ses moyens. Il y a aussi le côté vidéo, technologie qui vient de plus en plus parce qu’il moins cher et plus facile à gérer. Quand je repense à l’époque où j’ai travaillé avec des bobines dans un énorme studio maintenant je peux faire la même chose avec mon téléphone portable ! (rires)

Propos recueillis par Angélique Lagarde

Exposition virtuelle sur le site de la compagnie : www.lavocedellecose.it
Contact : voce@lavocedellecose.it

Retrouvez cette rencontre dans Manip la revue de Themaa (Association Nationale des Théâtres de Marionnettes et des Arts Associés)

 

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