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America latina 1960-2013 à la Fondation Cartier pour l’Art contemporain par Marie DB

Posté par angelique lagarde le 25 février 2014

A.B.Geiger_Fondation Cartier

Anna Bella Geiger, série História do Brasil – Little Boys & Girls, 1975
Cartes postales montées sur tirage gélatino-argentique, 21 x 18 cm (chaque)
Collection de l’artiste, courtesy of Henrique Faria Fine Arts, New York Copyright de l’artiste, 1975

America latina 1960-2013
A la Fondation Cartier pour l’Art contemporain
jusqu’au 6 avril 2014

La esperanza de la realidad

L’Amérique latine est à l’honneur depuis la rentrée 2013. Après le salut général de la critique pour le film fou La Danza de la realidad d’Alejandro Jodorowski pour son originalité éclatante, après la légende de Diego et Frida à Orsay, dont la fascination parisienne est confortée par l’accrochage thématique du couple dans l’espace d’exposition de l’hôtel Mama Shelter, c’est la Fondation Cartier qui a décidé de rendre hommage au continent. Ce continent s’il ce n’est globalement mis de côté par notre imaginaire collectif,  paraît du moins réduit à des figures du début du XXème siècle qui omettent l’étendue et la complexité de sa richesse créative. Nous voilà dès lors disposés à découvrir une palette photographique de l’aire géographique qui s’avère, à l’encontre d’un premier ressenti, plutôt la esperanza de la realidad, ou une espérance du réel qui vaut le coup d’œil.

Tout a débuté comme cela : une supercherie du prix dans les règles de l’art à plus de dix euros, un délire récidiviste de black cube oppressant en pleine verrière – qui aurait peut-être même fait de la peine à Jean Nouvel, l’architecte – et des papiers glacés pour faire du papier, documentaire, mais pas même palpitant. L’écho des pas dans le vide émotionnel des images, éclatant. Des cimaises noires jetées ça et là, une par artiste, sans chronologie, sans rassemblement formel ou informel, sans cohésion ni cohérence du rez-de-chaussée au sous-sol, montrant des clichés que le tout venant aurait pu prendre par accident. Où était cette pertinence de la Fondation Cartier, ce jeu plein-vide, clair-obscur, dedans-dehors, entre l’architecture et les directives esthétiques et rhétoriques de son décor, à laquelle nous étions habitués ? Bien loin des splendeurs de la cuisson dorée du bustier de Madonna pour l’exposition Pain Coûture exceptionnelle de Jean-Paul Gaultier et autres robes d’apparat en langues de chat, très loin du dynamisme excitant et psychédélique de son semestre « Rock’n Roll », des installations aux vidéo-performances, après sa période Ron Mueck très « in » de l’hyperréalisme ambiant, la Fondation Cartier s’accrocherait-elle à la mode du marché de l’art ?

Et puis j’ai vu ces autres-là, habitants d’autres murs immaculés, de ceux qui donnent encore et toujours envie de revenir, de se nourrir et de s’interroger sur l’art à l’aune de la diversité de tous ses lieux, ses performances et ses postures. Ce sont ceux qui vous font vibrer en pleine anesthésie, qui vous fleurissent les saveurs du palais en pleine agueusie, ceux qui vous parlent à vous, avec cette attention toute particulière pour l’individu quand les autres tournent le dos ou préfèrent se parler à eux-mêmes. A travers les prises d’Anne Le Menn, les béquilles trébuchantes de Frida, ces extensions douloureuses d’elle-même, abandonnées dans sa baignoire, on perçoit comme une subsistance de son corps que le mythe ne suffit pas à accomplir. Apparaissent les nuages et les voiles calligraphiques d’un Léon Ferrari engagé, mais encore poète du regard, comme les mots-valises d’un fantasme de voyage, perchés sur l’horizon bleu blanchi de ses espoirs. Se dessinent les solitudes condamnées, ces prévenus de la misère à l’instar des misérables qu’une plume hugolienne a sublimé, recherchés parce qu’ils laissent visible la tare inégalitaire de la société, dans l’objectif saisissant et le cadrage judiciaire de Claudia Andujar. Une après-midi confortée de ses curiosités artistiques inépuisables… il faut s’accrocher aux pépites qui éclatent dans le noir.

Marie DB

Fondation Cartier pour l’Art contemporain
261, boulevard Raspail
75014 Paris
Renseignements au 01 42 18 56 50

 

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