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La Biennale internationale Corps – Objet – Image Les Giboulées au TJP de Strasbourg par Angélique Lagarde

Posté par angelique lagarde le 26 mars 2014

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Monsieur Microcosmos © David Betzinger

La Biennale internationale Corps – Objet – Image Les Giboulées
Au TJP CDN d’Alsace – Strasbourg, du 22 au 30 mars

Le champ des (im)possibles

La nouvelle direction du TJP menée par Renaud Herbin a organisé ses premières Giboulées, 24ème édition de cette institution créée en 1977 par André Pomarat. Evénement attendu non seulement par tous les strasbourgeois, mais également par tous les férus de la marionnette et ses arts associés de France voire d’Europe, il a suscité les réactions les plus diverses. Enthousiasme, surprise et déconvenue furent au rendez-vous de ce champ des (im)possibles offert par Les Giboulées devenues La Biennale internationale Corps – Objet – Image, nouveau leitmotiv du CDN d’Alsace.

Certes le champ de la marionnette est vaste, mais jusqu’où peut-on le déployer ? La biennale compte notamment trois installations, autrement dit trois expositions d’art contemporain. Aussi, si l’équipe de programmation estime qu’elles font sens dans cette thématique Corps – Objet – Image, peut-être la médiation entre les œuvres et le public lui aurait permis de s’en apercevoir, ce qui ne fut indubitablement pas le cas aux vues de leur très faible fréquentation. La première Fama a été inaugurée en même temps que Les Giboulées, le 22 mars sous forme d’une performance chorégraphique de Christophe Haleb et sa compagnie La Zouze. Au cœur du Hall des chars, cette installation bâtie à partir des notions de rumeur, d’île et d’exil a su questionner le public lorsqu’elle était en mouvement, malheureusement, les jours suivants, sans animation, elle fut plutôt métamorphosée en espace de repos pour les artistes en quête de quiétude. Aux bains municipaux, nous attendait Un vestiaire pour canons, si le titre s’explicitait au regard de l’installation, c’est surtout le mot vestiaire qui prenait sens avec beaucoup d’éléments entreposés mais très peu de visiteurs à l’horizon. La seule qui semblait véritablement avoir sa place, de surcroît au TJP Grand Scène, était celle de Zaven Paré, plasticien et marionnettiste. Même si là encore la médiation n’eut pas été superflue, elle a permis à quelques curieux de découvrir le travail de cet artiste qui pose vraiment question sur les limites de la robotisation, la frontière entre l’âme et la machine.

Revenons maintenant à la programmation marionnettique, ou plutôt Corps – Objet – Image que nous avons découverte lors de ces premiers jours des Giboulées. Manto, faisant partir du répertoire du TJP, nous savions à quelle sauce nous allions être dégustés, celle d’Uta Gebert, une artiste extrêmement douée dans la réalisation de ses marionnettes mais dont la notion de vivant manque cruellement à ses œuvres contemplatives. Le retour de Garance, sous la peau des murs d’Aurélie Morin s’adressait quant à lui au jeune public et là encore, si le théâtre d’ombres était maîtrisé, il semblait en décalage avec le récit et manquait de rythme. Puis, une belle surprise nous attendait avec la malice du Bob Théâtre et son James Bond revisité dans Fin de série.

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Debout / Couché © DR

Avec une œuvre à la lisière des coulisses, nous fûmes enchantés le lendemain de découvrir le travail de David Séchaud dans Monsieur Microcosmos. Scénographe, il nous a plongé dans son univers en s’appuyant sur une très libre interprétation du Faust de Goethe pour construire et déconstruire sous nos yeux les armatures de la création. Une belle découverte, un artiste à suivre… Enfin, le théâtre de l’évasion nous a montré son Fichu serpent. Si l’on considère le travail remarquable réalisé avec des protagonistes atteints de handicaps, la réalisation ne peut être que louable, néanmoins le mythe d’Orphée est demeuré très en surface et ce fichu reptile ne nous a pas emmené très loin. C’est avec impatience, que nous attendions la dernière création des Ateliers du Spectacle, avec encore en tête les très réjouissantes propositions des N+1, branche des Ateliers du Spectacle de Jean-Pierre Larroche cet automne. L’enchantement fut présent dans cette forme courte, Debout/ Couché. Tout était là, l’humour, l’audace, l’objet, l’ombre… une machinerie pour le rêve avant que de se laisser bercer par Les rêveries magnétiques de la compagnie Omproduck, un peu en-dessous de nos espérances dans une proposition plus proche du VJing (performance visuelle en temps réel ) que du spectacle vivant, même si nous ne manquerons pas de saluer le musicien.

Notre parcours s’achevait ici, mais non pas Les Giboulées qui proposent encore quelques jours de festivités avec des valeurs sûres dont deux spectacles pour le jeune public, Octopoulpe le vilain par la compagnie Pseudonymo et La nuit du Théâtre sans toit. Ce sera également l’occasion de découvrir une seconde oeuvre du répertoire du TJP, Actéon Miniature, par son directeur, Renaud Herbin. Puis se glisseront des propositions plus étonnantes mais non pas alléchantes comme 22h13, ce titre est susceptible d’être modifié d’une minute à l’autre de l’excellent vidéaste Pierrick Sorin. Ce choix de spectacle s’il est pertinent en-soi, l’est-il dans le cadre des Giboulées ? Ne métamorphose-t-il pas un évènement instituté de façon un peu abrupte pour son public ? Il est tout à fait emblématique du questionnement que pose le nouveau TJP : qu’est-ce que ce Terrain de Jeu Protéiformes ? Le public le comprendra-t-il Toujours, Jamais, Peut-être ? Lui faudra-t-il passer par « le prisme de l’en deçà » pour l’appréhender ?

Qu’est-ce que l’en deçà ? Petite définition issue du programme : « Aborder l’espace de l’en deçà, du soutènement, de cette strate d’une ténuité parfois extrême qui fait vibrer la relation du corps à l’objet, c’est oser l’approche d’une zone mal identifiée, résistante au premier regard ». Nous n’avons malheureusement pas eu le temps lors de notre visite d’assister au Club R qui met en émulsion cette notion tout le temps de la biennale, nous serions très curieux de vos commentaires chers lecteurs si vous en aviez eu l’opportunité. Quoi qu’il en soit, certes le rôle d’un Centre Dramatique National est d’impulser la création, certes la recherche est une dimension fondamentale du territoire artistique, mais ce fantastique laboratoire qu’est le TJP sous l’impulsion de sa nouvelle équipe, ne devrait-il pas se souvenir que le public l’observe ? Continuons à observer et voyons si la porte s’ouvre sur une infinité de possibles ou impossibles fantasmes artistiques. La Biennale internationale Corps – Objet – Image Les Giboulées respecte son appellation en ce qu’elle se situe au croisement des arts scéniques et visuels, gageons simplement que de saison en saison, la recherche ne prenne pas le pas sur l’offre au public et qu’il continue à venir applaudir la marionnette et ses arts associés, quels que soient leurs noms, quelle que soient leurs formes. Soyons curieux !

Angélique Lagarde

Retrouvez ici le programme des Giboulées et les différents lieux de représentations.

 

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