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Rencontre avec Victor Férès, couturier et plasticien dans le cadre du Festival 12×12

Posté par angelique lagarde le 16 décembre 2015

Victor Férés dans son atelier du 100

Victor Férès dans son atelier du 100

Les habits de Marianne
Exposition de Victor Férès
A la Mairie du 12ème arrondissement dans le cadre de la 6ème édition du Festival 12×12
Expositions, théâtre, danse, performance dans divers lieux du 12ème arrondissement
Du 12 au 24 décembre 2015

Le tissu comme page blanche

Victor Férès nous a reçu dans son atelier du 100 (rue de Charenton) à la veille de l’inauguration de la 6ème édition du Festival 12×12. Sous nos yeux, il coordonnait les derniers ajustements avant le défilé de présentation des robes conçues dans le cadre d’ateliers dans 13 écoles différentes. Les 5 robes prévues pour l’inauguration symbolisent les 5 Républiques de 1789 à aujourd’hui tandis que les 8 autres, plus largement dédiées aux notions de Liberté, Égalité et Fraternité sont exposées à la Mairie du 12ème arrondissement toute la durée du festival. D’une robe végétale à un drapé poétique, Victor Férès nous guide à travers la poésie de la matière…

Kourandart : Victor Férès, quel est votre lien avec l’établissement culturel et solidaire Le 100?

Victor 1Victor Férès : C’est un lien magique ! C’est grâce à Louise Vertigo, une chanteuse que j’habille depuis 1998. Elle m’a invité à une toute première résidence ici lorsqu’elle travaillait sur son album Les branches des arbres se soulèvent pour lequel je lui ai conçu une robe en papier pour y projeter des fleurs méditatives pendant qu’elle chantait. Suite à cela, Frédéric de Beauvoir, directeur, m’a proposé de constituer un dossier pour être moi-même en résidence ici pour le Festival 12×12. Mon dossier a été validé. Mon projet s’appelait Reliefs et matières sensibles. J’ai créé un kimono en céramique et j’ai demandé à une amie poétesse de me créer une série de poèmes que j’ai retranscrits en braille et que j’ai apposés sur des plaques en céramique. J’ai une fascination pour les non-voyants et la mode était le medium idéal pour les mettre en lumière et créer un pont pour converser. Dans cette conversation, j’ai aussi mélangé la danse en faisant appel au performer Jean-Gabriel Manolis, un merveilleux danseur de butô, qui a interprété tous les poèmes et qui donnait ensuite les plaques de céramique en braille à des aveugles qui les lisaient pour nous. C’était dans le cadre des Nuis Blanches, il y a deux ans au 100. Et ensuite, l’année dernière, Frédéric de Beauvoir m’a proposé d’installer mon atelier ici, ouvert au public ; les visiteurs, ce qui est unique, peuvent voir mon travail de couturier en direct. Et nous proposons également aux jeunes créateurs ou stylistes, aux mamans, aux personnes âgées qui aiment la broderie ou la couture de venir coudre ici parce que chez eux, ils n’ont pas forcément le matériel et l’espace pour le faire.  Pour moi, l’avantage de ce lieu, c’est le fait qu’il y ait entre 800 et 1500 artistes qui passent par an et que je puisse converser avec eux, voire réaliser des projets.

Comment est né le projet « Marianne » ?

V.F : Il est né grâce à une robe dont je vais vous raconter l’histoire. À l’origine, un parcours a été organisé pour sensibiliser les parisiens et les autres à ce que va être le Grand Paris. J’ai invité ceux qui avaient participé à ce parcours à venir à l’atelier pour leur proposer de s’exprimer sur des étoffes, du taffetas de soie en particulier, des morceaux de robe. J’ai ensuite assemblé les morceaux et c’est ainsi que sont nés l’esprit et la robe du Grand Paris. Frédéric a trouvé cette idée intéressante à retranscrire sur Les habits de Marianne suite à un appel d’offre de la ville de Paris. Le fait que le résultat soit concret semblait être une piste intéressante. Puis, les enfants sont sensibles à l’image, au paraître. Il était important pour moi que ce travail se fasse sur un corps parce que la Marianne est vivante, et plus que vivante que jamais aujourd’hui…

Les attentats de janvier venaient de se produire…

Victor 2V.F : Oui et il fallait trouver un moyen de sensibiliser les enfants à ces valeurs de la République. Je me suis demandé ce que pouvait signifiaient ces mots Liberté, Égalité, Fraternité dans la tête d’un enfant de 6 ans. Ils nous ont fait des propositions fantastiques. L’une d’eux par exemple m’a dit : « Je ne suis pas contente, mais je suis libre de ne pas être contente ! ». Il y a une résonance. Même si pour eux, la République est une forme d’abstraction il n’empêche qu’aujourd’hui, il y a eu cette petite lumière qui resurgira quand ils réentendront cette notion. Ils penseront à ce qu’ils ont fait. C’est plus poétique et plus doux de passer par un medium comme le dessin. Ce sont des enfants entre 6 et 10 ans, du CP au CM2,  qui ont participé aux ateliers et chaque jour, ils nous ont fait de belles surprises, une Marianne homme par exemple ! (rires)

Comment se déroulent les ateliers avec les enfants ?

V.F : Ils se tiennent dans 13 écoles avec donc 13 plasticiens différents. Ce que j’aime bien aussi dans ce projet ce sont les mélanges et chaque intervenant plasticien avec son concept et ses idées, transmet le message de manière différente, par le dessin, la peinture, la céramique, les plantes… Ces ateliers se déroulent à l’année. Ainsi chaque trimestre, je vais avoir 13 robes pour en avoir 39 à la fin de l’année. Pour le premier trimestre, nous avons donc préparé le défilé et l’exposition dans le cadre du Festival 12 x 12. Pour le deuxième trimestre, nous nous associons avec le Viaduc des arts et au troisième trimestre, il y aura les portes ouvertes du 100 en juin et nous ferons un grand défilé en présence de tous les enfants qui auront participé à ces ateliers sur la thématique de Marianne accompagnés de leurs parents. C’est un projet d’envergure et au regard des événements bien entendu, un certain écho se fait. Il me permet d’associer la poésie du corps humain aux robes que je crée et surtout cette façon de donner du sens à la République avec des enfants est tout simplement magique.

Propos recueillis par Angélique Lagarde

Victor Férès fait partie du parcours 12 « COULEURS 100 », un parcours de création résultant du travail de 12 artistes en résidences au 100, aux cotés de Philippe Monges, K-Bo, Marc Borgers, Jean-Claude Pautot, Bunny Godillot, Cüline Naissant, Virginie Vican, Ghislaine Avan, Diego Ranz, Lizzy Ling, Baye-Dam Cisse et Aka Kuma.

Programme complet du festival : www.festival12x12.paris

 

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