L’institut Benjamenta au Festival d’Avignon et en tournée par Angélique Lagarde

Posté par angelique lagarde le 22 juillet 2016

L'Institut Benjamenta 1 © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

L’Institut Benjamenta © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

L’institut Benjamenta
D’après Robert Walser
Mise en scène de Bérangère Vantusso
Marionnettes crées par Marguerite Bordat, Einat Landais, Carole Allemand, Cerise Guyon et Michel Ozeray
Avec Boris Alestchenkoff, Pierre-Yves Chapalain, Anne Dupagne, Guillaume Gilliet, Christophe Hanon, Philippe Richard et Philippe Rodriguez-Jorda
Création vue au Festival d’Avignon
En tournée sur la saison 2016-2017

Créer le double pour atteindre l’infini

Les marionnettes hyperréalistes de la compagnie Trois Six Trente ont créé l’événement lors de la 70ème édition du Festival d’Avignon et continueront à marquer les esprits durant la tournée nationale prévue sur la saison 2016-2017. Inspirée des travaux du sculpteur australien Ron Mueck, dans son adaptation de l’œuvre de Maeterlinck, Les Aveugles, Bérangère Vantusso poursuit depuis son expérimentation dans ses différentes créations. Pour cette adaptation de L’Institut Benjamenta de Robert Walser, elle accentue ici l’expressivité de ses marionnettes avec la complicité notamment de Marguerite Bordas en s’inspirant cette fois-ci des peintures de Michaël Borremans. La marionnette, figure du double, crée une opposition entre ce que la metteure en scène appelle « le moi domestique » et « le moi intime » pour créer un voyage troublant dans la psyché humaine et questionner la notion de hiérarchie.

Jacob, fils de bonne famille, décide de son propre chef d’intégrer L’Institut Benjamenta, école de domestiques pour apprendre à devenir « un beau zéro tout rond ». Un zéro pour Jacob, ce n’est pas un nul, c’est le symbole de « la moitié de l’infini », du champs des possibles. La figure ambivalente du directeur de l’institut pourrait bien être cette autre moitié qui dessinera la clef de la porte de cet infini possible, de ce nouveau monde à créer. Comme l’exprime si bien la metteure en scène Bérangère Vantusso, l’œuvre de Robert Walser illustre la révolution de « la hiérarchie  renversée par l’humilité ».

Seule, face à nous, apparaît la figure de Jacob dont la voix se fait entendre, elle est celle d’un comédien en bord de scène. Depuis Les Aveugles, Bérangère Vantusso travaille avec ses interprètes à une forme de manipulation toute particulière, à distance. C’est la voix qui donne vie à l’objet. Cette technique s’affine ici avec le personnage de Jacob, toujours identifiable par sa voix. Les autres élèves de l’Institut apparaissent ensuite lorsque leurs manipulateurs sortent les bustes de chacun de boîtes de cartons. Ces bustes permettent une manipulation à six mains selon la technique du Bunraku, mais créent également l’illusion d’êtres identiques grâce aux jambes des interprètes.

L'Institut Benjamenta © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

L’Institut Benjamenta © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Tous les pensionnaires se ressemblent, ainsi que leurs manipulateurs, sauf Jacob et celui qui lui donne voix. Puis au fur et à mesure de la pièce, ce ne sont plus que des « Jacob ». Seuls le directeur de l’Institut et sa sœur sont interprétés uniquement par des comédiens, Pierre-Yves Chapalain qui a travaillé à l’adaptation avec Bérangère Vantusso et Anne Dupagne. Ils sont les êtres manipulant de ce microcosme ; ils le sont au départ, du moins, avant que le rapport ne s’inverse…

Si la scénographie est superbe et l’emploi des marionnettes brillamment adapté à l’oeuvre, on peut néanmoins regretter l’aspect un peu lisse du texte, riche de sens certes, mais loin de la poésie de Maeterlinck que nous donna à entendre la pièce Les Aveugles. Il est remarquable en revanche de constater la présence très forte de ces corps inanimés, particulièrement lorsqu’ils ne sont  « manipulés » que par la voix.

Jacob crée le trouble à l’Institut Benjamenta, renverse la hiérarchie, comme les marionnettes hyperréalistes de Bérangère Vantusso bouleversent l’acte théâtral. Si l’on peut regretter par moment un rythme un peu trop contemplatif, il permet néanmoins de prendre conscience de la puissance de l’inerte sur le vivant. La Compagnie Trois Six Trente a encore une fois démontré une parfaite maîtrise de l’esthétique et de la manipulation dans un spectacle à voir absolument pour découvrir les infinis possibles de la marionnette contemporaine.

Angélique Lagarde

Cette 70ème édition du Festival d’Avignon a ouvert d’autres espaces de jeu à la marionnette, notamment lors de la soirée XS et dans les sujets à vifs co-programmés avec la SACD. Nous avons pu nous délecter des talents de ventriloque de Jonathan Capdevielle dans Les Corvidés et nous questionner sur la présence, et encore une fois, la puissance de l’objet avec Renaud Herbin et Célia Houdart dans La vie des formes. Des pistes de réflexion ont également étaient abordées lors de la rencontre Animé-inanimé, créer le trouble organisée par l’association THEMAA (Association Nationale des Théâtres de Marionnettes et Arts associés). Nous nous réjouissons que le public du Festival d’Avignon ait ainsi pu profiter de la multiplicité des formes du spectacle vivant et découvrir les possibilités qu’offre la marionnette.

Tournée 2016/2017

22 et 23 septembre, TJP, Strasbourg
29 septembre au 7 octobre, Théâtre Olympia, Tours
17 et 18 novembre, Scènes Vosges, Épinal
22 au 24 novembre, Théâtre, Sartrouville
3 décembre, Théâtres en Dracénie, Draguignan
1er au 9 février, Théâtre du Nord, Lille
8 au 10 mars, NEST, Thionville
24 et 25 mars, Théâtre Jean Arp, Clamart

 

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