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Brassens n’est pas une pipe au Théâtre de l’Atalante par Irène Sadowska Guillon

Posté par angelique lagarde le 1 février 2017

Brassens Th14 27.7.15 - 34

Brassens n’est pas une pipe
Conception et mise en scène de Susana Lastreto

Création du GRRR dans le cadre du 10e Festival En Compagnie d’Été
Avec François Frapier, Hélène Hardouin, Susana Lastreto, Annabel de Courson, Jorge Migoya
Arrangements musicaux d’Annabel de Courson et Jorge Migoya
Reprise au Théâtre de l’Atalante du 1er au 6 février

L’homme à la pipe qui allait son chemin

Le poète chantant à la pipe a disparu il y a 30 ans. Sétois, comme Paul Valéry et Jean Vilar, Georges Brassens a vécu la plupart de sa vie à Paris, dans le 14e arrondissement où, dans le cadre du 10e Festival En Compagnie d’Été, Susana Lastreto et son Groupe RRR (Rire, Rage, Résistance) nous convient à retrouver cet homme et artiste libre, inclassable, irrécupérable qui a sublimé l’irrévérence en poésie et refusait de mourir pour des idées. Ni hommage ni retour commémoratif sur l’une des plus grandes figures de la chanson française, ni pot-pourri de ses « tubes » conservés dans la mémoire collective.

Le spectacle dont le titre Brassens n’est pas une pipe paraphrase celui du célèbre tableau de Magritte, empruntant sa forme au cabaret et son fil conducteur au Décameron et aux Contes de Canterbury, revisite avec la liberté des dadaïstes, à partir de poèmes, de textes et de chansons connues et peu connues, l’univers de Brassens.

On a tous une image, une idée de Georges Brassens, de cet homme ours, à la moustache, à la pipe et à la guitare, secret, modeste, timide, fuyant les honneurs et la célébrité, artiste exigeant et populaire. Qui était-il ? Brassens libertaire ? Anarchiste ? Anticlérical fervent ? Pacifiste résolu ? Misogyne, célibataire endurci, préférant l’amitié et la compagnie des « copains d’abord » à l’amour incertain « une chose difficile. disait-il – qui ne réussit pas tellement à la plupart des gens ». Peut-être était-il simplement un homme lucide, sceptique, allergique aux conventions, au consensus, se tenant à distance de tout jeu social ? À distance et suffisamment près pour scruter et chroniquer avec pertinence et impertinence, dans ses poèmes chantés, le dessus et le dessous, l’apparent et le caché de nos vies intimes, privées et publiques.

S’il critique c’est en humoriste et en poète à la manière de François Villon, de Rabelais ou de Baudelaire, avec ironie, humanité et lucidité. Il n’était pas en tout cas un pourfendeur du Mal au nom du Bien ou d’un idéal quel qu’il soit, ni un donneur de leçons. L’humanité est ce qu’elle est mais il est bien qu’elle le sache. Il était là pour le dire, s’en moquer crûment, en rire, en poète sans concession aucune. Est-ce cela qui l’a rendu à ce point populaire et universel que les jeunes générations le chantent aujourd’hui des Amériques au Japon en passant par l’Afrique ?

Bref, Brassens, un phénomène unique, une sorte de météore irrécupérable, dont Susana Lastreto et ses comédiens ont tenté et réussi à retrouver et à restituer dans leur spectacle l’esprit d’indépendance, la sagesse malicieuse, l’humour irrévérencieux du regard qu’il posait sur le monde. Un Brassens qui « n’est pas une pipe », irréductible à quelque idée ou image qu’on puisse avoir de lui.

Brassens d’hier et d’aujourd’hui, saisi à travers les éclats de ses textes, projeté dans un « ici et maintenant » du théâtre – cabaret sur le mode de « si Brassens n’était conté ». D’où le parti pris de ne reproduire ou imiter ni son style, ni sa manière de chanter et de s’accompagner, mais de les évoquer à travers quelques clins d’œil et de s’approprier ses chansons en réinventant leurs arrangements musicaux. Un cabaret architecturé comme un puzzle d’histoires s’imbriquant et se chevauchant, collages de textes, aphorismes, lettres, chansons et textes écrits par les comédiens, racontées par un groupe de cinq personnages en quête d’un certain G. B.

Les personnages extravagants, drôles, surréalistes sur les bords : la meneuse de jeu (Susana Lastreto), l’homme à l’esprit tellement ouvert qu’il comprend tout (Jorge Migoya), celui qui se prend pour Brassens mais ne se souvient que de ses musiques (François Frapier), la femme qui chante merveilleusement (Hélène Hardouin), enfin la musicienne (Annabel de Courson), femme orchestre qui chante et joue du bandonéon, du clavier, du tambourin et des petites timbales, relayée parfois par Jorge Migoya à la contrebasse et François Frapier à la guitare.

La trame du spectacle où la réalité, la fiction, le rêve, le théâtre, s’interpénètrent, fusionnent, est traversée par les grands thèmes brassensiens : l’amour et ses avatars, l’érotisme, la mort, la politique, la résistance à l’embrigadement idéologique, au formatage et la revendication de liberté, de différence, la nature, Dieu, le Diable… Elle est émaillée par de nombreuses chansons, certaines comme Le gorille, La mauvaise réputation, au parfum de scandale toujours aussi fort, d’autres raillant la bêtise, l’hypocrisie du politiquement et moralement correct (La tondue, Brave Margot, Quatre-vingt quinze pour cent etc.) d’autres encore qui avec humour, malice et tendresse captent les scènes de la vie, les amoureux sur les bancs publics… ou racontent les turpitudes de l’amour, les peines des gens de peu, l’amitié fidèle ou tout simplement la fraternité comme La chanson pour l’Auvergnat.

Sur scène, hormis les instruments, quelques topiques de l’univers poétique de M. Georges : parapluie, banc public, chaise en bois rappelant celle de ses tours de chant. Un espace mental et musical habité par les comédiens, musiciens, chanteurs, saltimbanques rompus à l’art du cabaret et du music-hall, qui campent avec humour potache les divers personnages des chansons de Brassens, miment les décors imaginaires, s’amusent avec des pipes en plastique, des chapeaux de toutes sortes, des gags et des clichés du music-hall. Ils jonglent de toute une gamme d’émotions, d’expressions, de tons, depuis le pastiche, le grotesque, la parodie ironique, à la tendresse et à la gravité, interpellent le public, lui proposent une tombola, un quiz, l’invitent au jeu.

Les chansons, chantées en solo ou à plusieurs, certaines transformées en sketchs ou en numéros de music-hall, décalées souvent de la version originale par des arrangements extrêmement inventifs, parfois jazzant ou rappant, prennent un air étonnement actuel.Car le temps en effet n’a pas de prise sur l’œuvre de Brassens qui a su toucher et mettre en poésie et en musique ce qu’il y a à la fois de plus profond et de plus universel en nous.

Un spectacle ludique, joyeux, qui à l’instar de Brassens, prend toutes les libertés et, avec humour, malice et crudité poétique, nous conte les histoires des gens, leurs joies, leurs peines, leurs travers.

Irène Sadowska Guillon


Théâtre de l’Atalante

10 place Charles Dullin
75018 Paris
Réservations au 01 42 23 17 29

 

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